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La folie du mariage

La folie du mariage

« Gai, gai, marions-nous ! », que vous évoque cette expression ?

Dans le petit film de Laurel et Hardy qui porte le même titre que nos Journées, le mariage est entre espoir et cauchemar. Pour la comptine française c’est plutôt entre espoir et soumission :

Gai, gai, marions-nous

Mettons-nous donc en ménage

Gai, gai, marions-nous

Mettons-nous la corde au cou !

C’est « le joug du mariage […] qui est du fait de ma compagne, la Démence », dit la Folie dans l’éloge qu’en fait Érasme, qui poursuit : « La femme est toujours femme, c’est-à-dire folle, quelque masque qu’elle prenne d’ailleurs […] de sorte que sa société tempère et adoucit dans l’intimité ce que le génie de l’homme a forcément de triste ». Le plaisir est affaire de Folie dans le mariage. Est-ce encore ainsi ?

Les études sociologiques montrent une certaine désaffection pour l’institution du mariage puisqu’on observe au fil des années un tassement. Est-ce pour autant désuet ? Pas du tout. Se marier est même plutôt tendance. La demande d’un mariage accessible à tous, quel que soit le choix du partenaire va tout à fait dans ce sens. Cette demande des homosexuels a ainsi plutôt redonné des couleurs à l’institution.

Le sexe et le mariage font-ils bon ménage ?

Sans doute se ménagent-ils. Mais ils n’ont pas de lien obligé entre eux. Freud, dans « Considérations sur le plus commun des ravalements de la vie amoureuse »[1], fait bien remarquer la disjonction du désir et de l’amour chez l’homme et la pente, côté femme, à soutenir son désir de l’interdit, soit à l’envers du mariage.

Il n’a jamais été nécessaire de se marier pour baiser. C’est vrai pour les homos comme pour les hétéros. L’ouverture qu’a été le vote du mariage pour tous ne changera rien à cela.

La vie conjugale, ça fait symptôme un peu, beaucoup, passionnément ?

Du côté de la psychose ordinaire, cela peut faire un arrangement qui tient l’un et l’autre dans un lien imaginaire et une forme de normalisation. Pour un névrosé ça fait sans doute toujours symptôme dans les difficultés du quotidien entre passion et ennui, du moins pour autant que l’autre du conjugo y compte comme partenaire. Cela peut être ravageant. C’est ce qui fait dire encore à la Folie : « La femme qui a subi une première épreuve s’exposerait-elle à une seconde si notre bonne amie la déesse de l’Oubli n’intervenait dans l’affaire ? »

Scènes de la vie conjugale, de Bergman, montre une large palette des sentiments, entre bonheur et conflit, qui surgissent dans une vie de couple. La « vie conjugale » c’est la vie quotidienne avec un ou une autre. Est-ce toutefois la même chose de considérer qu’une femme fait symptôme pour un homme ou que c’est ce quotidien qui fait symptôme ? Et pour une femme, le ravage est-il réductible au quotidien ? Non sans doute. Encore que cela doit se formuler au cas par cas.

[1] Freud S., « Considérations sur le plus commun des ravalements de la vie amoureuse », La vie sexuelle, Paris, PUF, p. 55-65.

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