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Le mariage comme effet de vérité

Le mariage comme effet de vérité

Si le mariage est une fête, quel est son envers ?

Dans le refrain de la comptine, on entend une exhortation à la gaîté. Sans doute qu’il faut l’appeler pour qu’elle soit au rendez-vous.

En son sens réduit, religieux ou civil, c’est une cérémonie convoquant le social. La plupart du temps il est accompagné d’une fête et à ce titre la gaîté y est de commande. Mais, bien que dans la langue, il soit associé à l’enterrement, « enterrement de vie de garçon » ou « enterrement de vie de jeune fille », quand on y pleure, c’est plutôt d’émotion ou de joie. Dans le passé, les femmes y accomplissaient le seul destin que le patriarcat leur destinait, ce qui en faisait plus une dérive qu’un acte. Elles « faisaient une fin ». Pour les hommes, le mariage exigeait moins de renoncements. Ils imputaient d’ailleurs aux femmes le fait qu’elles leur « passaient la corde au cou ». Le discours commun est rempli d’expressions qui ne brillent pas par leur gaîté ! C’est sans doute que le mariage est fait pour enfermer la reproduction et la propriété dans un ordre symbolique. Le mariage est une limite, il encadre. D’ailleurs, avant même la photographie, on se faisait tirer le portrait lors de cet événement. Le mariage et sa solennité nous conduisent au regard, objet de jouissance essentiel à cette occasion. Donner à voir, attraper le regard de l’Autre, se faire beau, être les héros d’un jour…

Au sens plus large, celui d’un état civil, c’est l’idée d’un lien solide et pérenne pour faire face à la vie. Durkheim a montré que les gens mariés se suicidaient moins que les célibataires ! Que le lien soit d’entraide ou de guerre déclarée, le mariage fait attache : un regard et une a-graphe, pour lutter contre le réel du temps.

Mais il existe des mariages d’amour, me direz-vous ! Ça, c’est gai. Deux qui s’aiment et qui s’unissent, c’est Éros, le petit Dieu avec ses flèches.

La sexualité peut-elle survivre au mariage ?

Pourquoi pas ? Il n’y a pas de rapport sexuel, tout le monde le sait aujourd’hui. Mais le mariage en propose un ersatz, le lien sexuel. La familiarité d’un corps qui remplace la surprise n’implique pas nécessairement la routine quand on a de l’imagination. En outre le fantasme et sa fixité ne sont-ils pas un moteur fondamental de l’activité sexuelle chez les parlêtres ? Et puis ce corps familier, le mariage en légitime la propriété. Or dès les premiers rapports avec ses objets le petit parlêtre s’identifie : concurrence… Mais un corps ça ne peut pas se partager, ça fonctionne plus comme un objet a. Même dans le mariage qui prétend autoriser la possession par le droit, quelque chose échappera toujours. On peut rester marié très longtemps, l’autre gardera toujours quelque chose de l’étranger. Et comme dit la chanson d’Aragon « J’aimais déjà les étrangères quand j’étais un petit enfant ». Aragon et Elsa, c’est une référence pour le mariage !

La vie conjugale, qu’est-ce que c’est ?

C’est le symptôme d’une civilisation et de son système de parenté. Le mariage est l’interprétation, l’effet de vérité, du type de lien social imposé par un état du discours du maître.

Mais il me semble aussi que c’est l’emboîtement de deux symptômes singuliers qui déteignent et construisent ainsi un monde particulier, l’atmosphère familiale, environnement de jouissance qui s’impose aux enfants. Car le mariage ne se réduit pas au couple homme / femme. C’est le jeu du papa et de la maman.

Le mariage réalise l’alliance impossible de deux individus, de deux familles, de deux discours, même si, comme c’est le cas aujourd’hui dans nos cultures, les deux individus sont du même sexe.

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