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Pas de duo sans duel(s)

Pas de duo sans duel(s)

Dans une analyse, on a chance d’apercevoir le répertoire dont le sujet dispose au sein de sa propre vie, pour aborder le ou la partenaire. Chacune a ses anecdotes qui la captive, chacun à ses détails qui le retiennent, qu’ils soient déposés dans l’autre ou prélevés sur son corps. Dès lors que désir et jouissance se frôlent sans se confondre, le singulier du rapport de chacun à ces deux dimensions entre en jeu dans la rencontre. Telle femme aime les grands cris qui terrifient sa compagne, tel homme savoure chez sa maîtresse le divin détail qui l’angoisse, lorsqu’il apparait chez son épouse.

L’écrivain Colette a su donner place, dans son roman Duo[1], aux prémices de ce qui faisait, pour elle, invariant. Dans cet écrit, l’amour et la mort, s’unissaient. Sa correspondance[2], ses romans, lui ont ensuite permis de cerner le subtil ingrédient qui piquait son désir et vivifiait sa vie amoureuse : il faut que ça se chamaille, pour que ça roucoule. Colette se disait attirée par la pureté d’un Jean Marais dont elle imaginait qu’elle cachait une cruauté de jeune et violent animal. On peut penser que Jean Cocteau, quant à lui, savourait derrière le masque de Fantômas[3] la mortification que la douceur de son amant lui apportait. Jean Cocteau traquait son objet, au cœur de l’Autre[4]. Colette s’attachait à l’indomptable. À chacun son fétiche, à chacun sa bête.

Ce sont ces subtilités qui intéressent les écrivains, les artistes et les psychanalystes. Faisons l’hypothèse que les coups de gueule, les mécontentements, interprètent à l’échelle de notre société ouverte au mariage pour tous et façonnée par les droits, ce qui du réel insiste :  difficile de tout conjuguer !  Dans cette rubrique faite d’inédits, nous accueillerons la guerre entre les sexes[5], les duo homme/femme, femme/femme, homme/homme, solidifiés par les plaintes bruyantes ou invisibles et nous laisserons à chacune et à chacun, ses masques.

[1] Colette, Duo, Paris, Livre de poche, 1995

[2] Bonal G. & al., Colette intime, Paris, Phebus, 2004

Notons que les querelles, violences et protestations, ont agité cette maison d’édition. Cf Internet.

[3] Film de Jean Cocteau de 1964, dans lequel Jean Marais incarne Fantômas

[4] Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation, texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, La Martinière, 2013, p. 551

[5] Lire sur Internet le nouveau signifiant de « charge mentale », auquel s’identifieraient les femmes, mais aussi les hommes qui en revendiqueraient, à leur tour, la lourdeur invisible .

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