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Enfant, famille, filiation

Enfant, famille, filiation

En 1999, le PACS avait permis à des couples homosexuels de s’unir légalement. Et il y a exactement cinq ans, était voté à l’Assemblée nationale l’adoption du mariage pour tous, ouvrant la possibilité à de nouvelles formes de familles d’être reconnues. Les psychanalystes de l’ECF, des ACF et du champ freudien s’étaient alors mobilisés avec force, lors de forums pour faire entendre le droit à ce que soit reconnue la singularité des modes d’aimer, de jouir et de désirer.

Depuis, c’est environ 7000 couples homosexuels qui se marient chaque année. Les « unions homosexuelles ont redynamisé une institution vieillotte »[1]. Ils rendent le mariage un peu plus gai ! indique un récent éditorial de Libération, en soulignant que : « Les arguments brandis contre cette réforme se sont tous effacés devant la puissance du sentiment conjugal. La civilisation qu’on disait ébranlée sur ses bases est toujours debout, ni plus ni moins qu’auparavant ; les fondements ‘‘anthropologiques’’ de la société qui voudraient que tout enfant soit né d’une union hétéro se sont révélés pour ce qu’ils étaient : une affabulation à masque scientifique réfutée par les anthropologues eux-mêmes. »[2] Bonne nouvelle ! Quel est alors, pour la psychanalyse, ce qui fait le véritable sel, le fondement de la famille ?

L’irréductible d’une transmission

Ce qui importe, ce n’est évidemment pas la question du sexe du parent. L’être humain se construit à partir de l’irréductible d’une transmission [3], dont la famille, quelle que soit sa composition, est le pivot.

Ainsi, pour chaque enfant, une adoption est à faire. Celle-ci n’est pas automatique, elle n’est pas inscrite dans la nature. Il y faut un désir singulier. C’est pourquoi dans le domaine de la famille humaine, les « instances culturelles dominent les naturelles, au point qu’on ne peut tenir pour paradoxaux les cas où, comme dans l’adoption, elles s’y substituent »[4]. Ce que nous vérifions aujourd’hui plus que jamais. Autrefois, l’on pouvait croire en une formule, fondée sur les traditions et les religions, valable pour tous. Aujourd’hui, la famille sort de ce carcan. Lacan souligne, dans ce texte, la structure profondément complexe de la famille humaine. Il n’y a pas plus de famille « type » que de famille « idéale » ou « normale », même si l’on ne peut que constater la « fonction de résidu » que la famille conjugale « maintient […] dans l’évolution des sociétés »[5].

Ce qui importe, c’est que la famille établisse « entre les générations une continuité psychique dont la causalité est d’ordre mental »[6]. Ces points effacent la structure de l’Œdipe freudien pour en dégager des fonctions : celle de la transmission d’un désir qui ne soit pas anonyme.

Cette rubrique sera consacrée à toutes les formes contemporaines de « faire famille », et notamment celles qui mettent en jeu le conjugo : où se situe « l’irréductible de la transmission » ? Qu’est ce qui fait symptôme ? Où se situe le réel en jeu ? Quelle est la langue de famille, la manière de parler qui se transmet à cet enfant là en particulier ?

À partir de la littérature, du cinéma, ou de ce que nous rencontrons en institution, cette rubrique cherchera à cerner les particularités du désir transmis et les réponses que l’enfant a su inventer en retour.

 

 

[1] Mallaval C., « Mariage pour tous : cinq ans et tous leurs bans », Libération, 21 avril 2018.

[2] Joffrin, L., « Évolution », éditorial du journal Libération, 21 avril 2018.

[3] Lacan J., « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 24.

[4] Ibid.

[5] Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, op. cit., p. 373.

[6] Lacan J., « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu », op. cit., p. 25.

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