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La bague au doigt

La bague au doigt

Dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne, Freud raconte le cas d’une femme en analyse[1] qui au détour d’une séance raconte un incident des plus banals : elle s’est entamé la chair alors qu’elle s’efforçait d’enlever la peau du lit de l’ongle. C’est à son annulaire, doigt de l’anneau nuptial, que la maladresse s’est produite, le jour anniversaire de son mariage. En Allemagne, l’anneau se porte à la main droite ; or, elle s’est blessée à la main gauche. Finesse d’un acte symptomatique ? Mais symptomatique de quoi me direz-vous ? Ce petit poids de chair se rappelant à son bon souvenir, elle évoque alors le penchant qu’elle eut pour un médecin qu’on surnommait Docteur en gauche, Witz épinglant le symptôme d’un homme sans doute plus fun que celui qu’elle a épousé : un Docteur en droit ; Mariage de la main gauche, ajoute Freud, qui a amélioré la situation de la dame mais pas celle de son désir.

Une bague n’est pas rien et comme une lettre volée, elle modifie le statut du porteur. C’est ce que démontre une nouvelle de Balzac, La paix du ménage, où l’on voit qu’une bague à l’instar d’une lettre arrive toujours à destination. Lors d’un bal, une mystérieuse inconnue suscite intérêt et curiosité des invités desquels se détache un quadrille dont la belle inconnue est l’x, quart élément de l’équation qui trouve sa résolution tout à la fin. Bien que la sachant mariée, un homme du quadrille tente de la séduire et finit par lui offrir une bague, pour vaincre une dernière résistance. Monsieur je l’accepte avec d’autant moins de scrupule qu’elle m’appartient. Coup de théâtre ! où l’on découvre le chemin emprunté par la bague : du mari de l’inconnue à sa maitresse, de la maitresse au séducteur… et retour : Ma bague a voyagé, voilà tout ! ponctue l’inconnue, décidant du poids à donner aux hommes.

Comme l’indique Lacan à la fin de son séminaire sur les psychoses, un anneau n’a rien à voir avec le macaroni – un trou avec de la farine autour –, mais est, par certains côtés, comme le Nom-du-Père, un élément signifiant, irréductible à tout espèce de conditionnement imaginaire [2] dont les effets sont de retentissements dans le parlêtre.

Et la bague à Jules dans tout ça ? Je vous laisse découvrir ici ce que vaut vraiment son pesant !

 

 

[1] Freud S., Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Gallimard, 1997, p. 316.

[2] Lacan J., Le Séminaire, Livre III, Les psychoses, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1981, p. 355.

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