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La manip pour tous ?

La manip pour tous ?

« Mariez-vous sur la bolckchain » (Get married on the blockchain) : c’est ce que propose le site https://smartvows.com. Il s’agit d’un mariage contracté via une inscription sur un registre numérique sécurisé localisé sur une plateforme, qui ne nécessite aucun intermédiaire humain. Une ingénieuse mise en relation technologique entre deux contractants suffit, dont l’accord ainsi que tous ses termes vont être mémorisés par un automate. Un contrat qui se présente comme sécurisé, c’est-à-dire à l’abri de tout dommage, inaltérable. Ce premier « smart mariage » entre un homme et une femme a eu lieu en 2014 en Floride, puis un second en 2016.

Cela n’interroge-t-il pas le statut du mariage que Lacan faisait relever du pacte de la parole[1], d’une part sur son versant sacralisé, mais aussi sur le devenir de la parole elle-même dans un monde en voie de virtualisation généralisée, et dont ce pacte n’est qu’un versant ? A l’inverse, sur le versant de la sacralisation, la survivance, coûte que coûte, de ce pacte maintenant largement partagé et plébiscité parmi les couples LGTB n’est-il pas de bon augure pour la pérennité de cette parole ? Quoiqu’il en soit la technologie et ses applications se dressent en tous cas comme l’interprète de notre présent et de notre futur.

Ainsi le premier mariage d’un homme avec un robot « féminoïde » a-t-il eu lieu récemment en Chine[2] Cela va-t-il changer quelque chose à l’amour ? Amour que Lacan abordait ainsi : « L’amour que la femme donne à son époux ne vise pas l’individu, même idéalisé – c’est là le danger de ce qu’on appelle la vie commune, elle n’est pas tenable, l’idéalisation –, mais c’est un être au-delà. L’amour à proprement sacré, celui qui constitue les liens du mariage, va de la femme à ce que Proudhon appelle tous les hommes. De même, à travers la femme, c’est toutes les femmes que vise la fidélité de l’époux »[3]. L’image du robot dit-elle quelque chose de ce « tous les hommes » ou de ce « toutes les femmes » qui est visé et dont Lacan formule qu’il ne s’agit pas de quantité, mais d’un universel ? Le robot, quelle que soit son allure sexuée, étant un automate, nécessitera-t-il encore d’avoir l’image d’un anthropien, pour le formuler comme l’anthropologue André Leroi-Gourhan[4] ?  Le pacte pourra-t-il être contracté avec sa voiture autonome, son robot animaloïde ? Si oui, ce contrat, sera-t-il toujours un pacte ?

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, p. 302-303.

[2] http://www.parismatch.com/Actu/Insolite/Un-Chinois-s-est-marie-avec-son-robot-humanoide-1225544

[3] Lacan, Le Séminaire, livre II, Le moi dans la théorie de Freud, op. cit., p. 302-303.

[4] Leroi-Gourhan A., La mémoire et les rythmes. Le geste et la parole, t. II, Paris, Albin Michel, p. 148.

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