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Couleur de Mariage. Entretien avec Christophe Robin

Couleur de Mariage. Entretien avec Christophe Robin

Né en 1971, Christophe Robin, coloriste-créateur, a bouleversé à l’âge de 19 ans tous les codes de la coloration en créant de nouvelles techniques. Grâce à lui, cette discipline est devenue un atout de beauté presque aussi important que la coiffure elle-même. Il collabore depuis plus de vingt-cinq ans avec les plus grands couturiers, photographes et réalisateurs.

 

« Dans le sexe, il n’y a rien d’autre que, je dirais, l’être de la couleur. »
Jacques Lacan, Le Sinthome

 

Marina Lusa : Christophe, qu’est-ce que t’évoque « couleur de mariage » ?

Christophe Robin : Ça m’évoque beaucoup de stress. Pour une jeune femme, malgré l’évolution des mœurs, ça reste une consécration, presque un Graal. Elle va se marier. Toute sa vie, elle a rêvé de ce moment où elle va être la princesse du jour. C’est même délicat parfois parce que pour elle, son mariage, c’est le jour de sa vie. Elle peut avoir envie d’en faire le maximum, alors que son physique demanderait plus de sobriété.

M. L. : Justement, parlons look mariage.

C. R. : Dans les mariages il y a des contraintes techniques. Il y a un voile, les cheveux sont parfois ramassés. Et quand tu les ramasses ils ont l’air plus foncé, donc il faut parfois exagérer un tout petit plus que ce que tu ferais pour la vie naturelle. Tu sais que ça va être photographié et que cette photo, elle va la garder sur sa cheminée toute sa vie. Ceci dit, il ne faut jamais, jamais transformer.

M. L. : Donc, pas de changement radical avant le grand jour !

C. R. : Non, jamais. Ce n’est vraiment pas le moment pour de grandes transformations ou des extravagances. Il faut qu’elle se plaise, qu’elle soit habituée à son image. Tu ne te risques pas à faire n’importe quoi le jour de ton mariage, à moins que tu sois très rock and roll et droguée. Mais j’aime bien ne pas faire une couleur trop fraîche, donc plutôt deux semaines avant le mariage, comme ça elle a le temps de se patiner. Je leur demande aussi de faire des essais. Mais c’est facile, parce que désormais les couples planifient leur mariage un an ou deux à l’avance.

M. L. : Deux ans à l’avance ! C’est dire ô combien elles préparent ce jour.

C. R. : Oui ! Et elles vont me faire chier pendant deux ans : dans deux ans je me marie, dans un an je me marie, dans six mois je me marie…

M. L. : Est-ce que tu demandes à voir la robe ?

C. R. : Oui, j’aime bien savoir et voir ce qu’elles vont porter, tant dans la couleur – parce que ce n’est pas toujours blanc, ça peut être légèrement doré, irisé etc. – que dans la forme, pour savoir comment on va mettre les cheveux. Est-ce qu’il y a un col ? Est-ce qu’on montre les épaules ? Est-ce qu’on libère le cou ? Est-ce qu’on met des cheveux sur les épaules ou pas ? On sait quand même qu’il y a une symbolique. Si les cheveux sont trop tirés, trop serrés, la femme est peut-être un peu moins offerte. Cette symbolique, on la retrouve dans le cinéma. Quand tu regardes Belle de jour, tu vois que quand elle est bourgeoise avec son mari, elle a les cheveux attachés et quand elle va se prostituer, tout à coup ses cheveux sont lâchés. Tu sais qu’il y a des études qui ont montré que ce qui fascinait le plus les hommes, c’est quand une femme passe sa main dans les cheveux ? Donc, si la coiffure est trop rigide au moment du mariage et bien il y a quelque chose qui perd en sensualité. Du coup, pour un mariage, on aimera bien faire une demi-attache, pour qu’elle puisse avoir toujours ce petit mouvement et garder cette sensualité. Mais je dois dire que même si j’aime les femmes énormément, puisque je m’en occupe depuis trente ans, au moment de leur mariage elles m’énervent souvent un peu.

M. L. : Le jour du mariage, c’est pas toujours gai, gai, alors ?

C. R. : Je ne sais pas, il y a un truc qui me dérange. C’est peut-être ce côté « jour de leur vie », quoi. Elles vont se marier ! Mais si tu te maries aujourd’hui, ça veut dire que tu es déjà avec le mec depuis un moment, que tu t’entends bien avec lui. Moi, il me semble que le jour de la vie, c’est plutôt celui où tu tombes amoureux, ou celui où tu fais un enfant. Et le jour du mariage, il faut le dire, est rarement un jour gai, gai. Tu as beaucoup de stress, tu es engoncée dans ta robe, tes cheveux tu n’oses pas les bouger, tu as peur de transpirer, est-ce que la fleur est au bon endroit, etc. J’entends rarement des gens qui s’éclatent pendant leur mariage. Ils vont toujours te dire : « Je n’ai pas vu tous les invités, il y avait tellement de monde… »

M. L. : Une couleur réussie, pour toi, qu’est-ce que c’est ?

C. R. : C’est celle qui ne se voit pas. C’est celle qui fait qu’une femme est belle. C’est comme pour un maquillage réussi – si tu vois trop la couleur, ça ne va pas. Peut-être que je suis un peu vieux jeu, mais il y a une tendance en ce moment que je trouve atroce et que je ne comprends pas. Elle est sûrement insufflée par Instagram et tous ces shows médias pour les filles, genre les Kardashian. C’est une tendance à la vulgarité et à l’hypersexualité, avec ces seins ou ces fesses énormes, qui sont très en vogue. Et cette pente à l’hypra-féminité, à l’hypra-sexualité, c’est une mode qui gagne les mariages. Tout à coup le maquillage est outrancier. Elles veulent mettre des faux cils, de faux ongles très longs. Tout est à l’excès. Ce n’est jamais très chouette. Est-ce que la symbolique du mariage ce n’est pas quelque chose d’un peu pur, où la femme va enfin s’offrir à un homme ? Si elle a l’air d’une p… à son mariage, je ne sais pas, ça me déprime.

M. L. : Y a-t-il des mariées qui t’ont inspiré, marqué ?

C. R. : Non, j’aime les femmes, toutes, sinon je ne ferais pas ce métier. Elles m’inspirent toutes. Elles sont complexes et plurielles.

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