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Le mariage ? Quelle drôle d’idée !

Le mariage ? Quelle drôle d’idée !

Aujourd’hui, le mariage est sur nos écrans, dans nos magazines, Elle [1] et Marie Claire [2], au moins, ont une rubrique qui lui est entièrement consacrée et indiquant comment bien réussir son mariage, sa demande, à quel âge se marier, quelle robe ou coiffure porter le jour J, et touti quanti pour bien réussir sa journée. Une émission journalière, « la robe de ma vie », est animée par la célèbre Cristina Cordula. Au cinéma, les comédies ne manquent pas : Le jour J, Mariage, Mariage mixte, Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu, etc. Autant dire que c’est une question qui intéresse.

Jacques-Alain Miller nous invite à penser que le mariage est « un montage de semblants »[3]. Nous savons tous, grâce à l’enseignement de Lacan, que le rapport sexuel n’existe pas. On se fabrique des fictions pour y croire. Dans l’analyse, nous découvrons avec qui nous sommes véritablement mariés. J.-A. Miller le formalise dans son texte « La théorie du partenaire ». C’est avec notre partenaire que nous nous marions, avec lequel nous jouons notre partie. L’analyste peut être un nouveau partenaire, un interlocuteur supplémentaire quand la partie avec le partenaire de la vie quotidienne tourne un peu trop court ou trop rond, quand on s’ennuie ou déprime. Le désir s’en mêle et cela s’embrouille, ça finit par faire symptôme et on se précipite en analyse. Par exemple, on peut se rendre compte que notre mari dans la vie quotidienne n’est en fait que le substitut du père, celui qui paie pour les études, la voiture. Ou alors, on s’aperçoit que c’est le substitut de la mère qui nourrit, lave le linge… classiquement œdipien…

Mais la vie amoureuse peut être plus compliquée et faire « labyrinthe », pour employer le syntagme de J.-A. Miller. L’embrouille, le « labyrinthe de l’amour »[4], implique trois niveaux :  désir, demande et jouissance. Le couple du besoin est constitué de celui qui éprouve un besoin et celui qui a de quoi lui répondre. Le couple de la demande lie celui qui répond à la demande en lui donnant ce que l’autre lui demande, avec une spécificité pour le couple de l’amour où celui qui demande ne demande rien de plus que la réponse. Le couple du désir ne peut se constituer qu’à la condition que chacun soit pour l’autre cause du désir.

Le partenaire se situe sur ces trois niveaux, qui peuvent êtres réunis, séparés, permanents, transitoires, purs, mixtes [5]. Avec Lacan, l’amour se définit par « la rencontre chez le partenaire, des symptômes, de tout ce qui marque chez lui la trace de son exil du rapport sexuel »[6]. Foncièrement, le partenaire, c’est ce qui est notre impossible à supporter, ce qui résiste, insiste, c’est notre réel, nos pensées ou notre corps [7].

Et la sexualité dans tout ça ? Qu’est-ce donc ? J.-A. Miller nous indique, avec la théorie du partenaire, que la « sexualité est un habillage du plus-de-jouir » au sens ou le rapport sexuel n’existe pas, ne s’écrit pas, mais que, bien sûr, il y a « la baise », comme dit Lacan. Et il y a aussi de la jouissance, par où commencent les embrouilles.

 

 

[1] http://www.elle.fr/Mariage

[2] http://www.marieclaire.fr/mariage,20011.asp2

[3] Miller J.-A., « La théorie du partenaire », Quarto, n° 77, p. 20.

[4] Miller J.-A., « Les labyrinthes de l’amour », La lettre Mensuelle, n° 109, mai 1992, p. 19-22.

[5] Ibid., p. 22.

[6] Miller J.-A., « La théorie du partenaire », op. cit., p. 5.

[7] Miller J.-A., « Certains problèmes de couple. Histoire de… psychanalyse », France Culture, 17 juin 2005, consultable en ligne sur le site de l’ECF.

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