Now Reading:

Homéostasie bucolique

Homéostasie bucolique

Toutes les lexicologies consacrées au supplice bienheureux des peuples et de la prospérité figuraient sur l’image. Celles des nations qui triomphent et grandissent dans un bain de liberté. Celles pour ce qui mûrit sans phrase avec la pluie le vent et le soleil. Ce cortège ascendant de ce qui s’élève et grandit dans une rivière d’amour et pour l’éternité, déboulait sur un arbre. Autour de l’arbre, deux couples. Voici, disposés comme des bibelots, sur la photo devenue vitrine de Steve Holland (agence Reuters) qui décocha son iPhone, Brigitte Macron qui observe en mode impatience et Melania Trump qui semble se poser une question logistique ; entre chacune d’elles, Donald, et à droite, Emmanuel penché avec vigueur. Ils manient des pelles et plantent un arbre dans les jardins de la Maison Blanche en hommage aux combattants de la Première Guerre mondiale – pour laquelle les USA payèrent cher.

Cette image-là fit le tour du monde, et déjà celui de la France. Les conseillers diplomatiques, ceux du protocole et les gardes du corps en sont absents. Il n’y a plus qu’eux, ces deux couples-là. Et leur arbre, aux bons soins de ces quatre en deux plus deux.

Faisant référence à la jouissance, Lacan a ce mot : « Ce peut être une douleur infinie d’être une plante »[1]. Ce que la photo ne dit pas, c’est la suite. L’arbre, un chêne, fut déraciné quelques minutes après – on ne sait pas quel fut son destin, on invoqua une histoire de quarantaine.

Mais peut-être surtout fallait-il protéger ces couples-là d’une douleur trop grande de tant d’homéostasie bucolique. L’arbre enlevé, un peu de manque ne nuit pas.

 

 

 

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 1991, p. 88.

Imprimer cet article
Partager cet article
Veuillez saisir vos mots-clés et tapez sur "Entrée"