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Institution des particularités résiduelles

Institution des particularités résiduelles

Bien sûr que le mariage est une institution à deux – d’où le titre de cette rubrique du blog des J48 –, c’est même une institution qui relie deux individus par un contrat dont l’originalité est que ce sera pour le meilleur et pour le pire… Comme pour la grande majorité de ce que le parlêtre entreprend, le mariage est un pari.

Avec cette rubrique, nous ferons le choix d’épingler le signifiant « institution » et nous tenterons un autre pari, celui de répondre, par petits bouts, à cette question : qu’en est-il du contrat qui lie un sujet à l’institution dans laquelle il travaille ?

Car dans notre champ, les institutions ont une place incontournable : lieux de formation irremplaçables et des premières rencontres parfois angoissantes avec la folie, lieux d’un travail à plusieurs « en équipe » qui ne va pas toujours de soi, lieux où le symptôme du collègue voire sa jouissance s’accorde ou ne s’accorde pas au sien à la sienne propre, lieux de disputes, lieux des traditionnelles réunions interdisciplinaires où circule bien ou mal la parole soignante, lieux parfois de maltraitance, de violence et de drame, lieux de réussites thérapeutiques comme d’échecs cuisants, lieux d’élaboration à plusieurs d’un gai savoir – même si le discours analytique ne s’y fait plus beaucoup entendre –, lieux de jubilation comme de déception, lieux de partage comme de clivage, lieux de pouvoir comme de résistance, lieux de dons de soi…

Bref, nos institutions, comme on aime les nommer, on y tient et elle nous tiennent !

Dans son texte « Institution du fantasme et fantasmes de l’institution »[1], Éric Laurent en passe par les complexes familiaux de Lacan pour tirer des fils enseignants non sans préciser : « On pourrait décrire des institutions qui sont des groupements agnatiques, des institutions comme ménage instable, toutes les formes décadentes du ménage instable, on pourrait décrire des institutions comme foyer petit bourgeois, on pourrait en décrire certaines comme village de paysans slaves, certaines comme simplement forme du paternalisme mercantile, d’autres féodales… » Alors oui, travailler en institution, c’est un mariage qui ne dit pas son nom.

Dans ce texte princeps, É. Laurent termine sa lecture panoramique des institutions en recentrant son propos sur la famille dépouillée de son idéal pour permettre à chacun de « trouver un espace pour ce qui est sa particularité résiduelle ».

Nous souhaitons donner à cette rubrique la possibilité à certains de prendre leur plume pour nous dire quelque chose de ce qui, au travers d’une anecdote institutionnelle, pourrait venir nous éclairer un peu plus sur ce contrat opaque quand il est insu du sujet, à savoir ce qui opère, pour lui, pour elle… pour le meilleur comme pour le pire.

[1] Laurent É., « Institution du fantasme, fantasmes de l’institution », Les Feuillets du Courtil, n° 4, avril 1992, disponible en ligne : www.courtil.be/feuillets

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