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Marions-nous qu’ils disaient !

Marions-nous qu’ils disaient !

Dimanche, 15h. Au moment où j’écris cet éditorial, plus de 240 arguments ont été adressés aux Directeurs des J48, en attendant minuit. 144 seulement pour les simultanées du samedi : dure sélection !

Une lecture continue de ceux-ci donne un aperçu saisissant non pas du mariage, mais plus précisément du joint que le sous-titre portait à l’attention de chacun : mariage et sexualité. Il redonne son grinçant de réel au titre mis en circulation : Gai, gai… Mariage et sexualité ne font, en effet, pas bon ménage, et c’est dans l’expérience analytique que se déclinent les incompatibilités d’humus, tant dans le registre de l’alliance que dans celui de la génération, entraînant la demande d’une analyse. Ce pêle-mêle qui s’ordonnera hâte le pas de l’envie vers les Journées.

On y croise des célibataires endurcis par des années de mariage avec leur parent inconscient ; de vieux mariés dont la durée de l’expérience s’éclaire. On y aperçoit les formes de l’angoisse qui signalent les objets véritablement en jeu mais qui permettent en même temps de situer le désir ; les débuts et les fins de parties durant lesquels engagements et séparations sont autant de moments cruciaux d’une analyse, à surmonter.

On se rend dans des hôtels d’impasses pour s’y découvrir autre, non sans angoisse, pour y faire exister l’autre femme ; on est mené à l’autel pour une passe salvatrice et stabilisante. On ne se remet pas d’un divorce, d’un décès ou de la naissance d’un enfant, mettant à nu douloureusement la fonction de toujours du partenaire et ses conditions symptomatiques ; les apercevoir ré-ouvre une perspective. On croyait être son homme parce qu’on lui disait tu es ma femme ? Erreur ! Ne jamais négliger l’importance d’un enfant pour une femme, savoir compter jusqu’à au moins trois, et connaitre exactement la place que l’on occupe comme époux et père, qui ne se confond pas avec celle de l’amant que l’on est ou pas.

Le dédoublement de la vie amoureuse n’est pas épargné par ce siècle où l’objet a pris le pas sur l’idéal ; ses formes s’en trouvent renouvelées en des tentations voire des tentatives d’introduire dans le conjugo de « nouvelles » pratiques sexuelles : pas de quoi fouetter un chat ! De nouveaux partenaires aussi, mettant en lumière les formes fictionnelles du mariage.

Le ring de la conjugalité recèle bien des passions recouvrant le désir, qui pour paraitre mouvementées n’est restent pas moins tristes : l’hainamoration y domine, la jalousie y prospère, la tristesse s’y installe, l’ignorance joue à plein. Bien souvent y surgit inopinément – ça en dit long sur la fonction de frein du mariage – le désir de l’Autre, voire sa jouissance ; le partenaire soudain ne se reconnaît plus. On pensait être marié pour toujours ? Voilà que la valise n’est jamais loin de se faire !

Et puis il y a les retentissements du mariage des parents – de ses aléas – sur la vie amoureuse du sujet : ses aléas, c’est-à-dire le mode de présence sous lequel ont été offerts au sujet savoir, jouissance et objet [1], et la place qu’y tient le mariage dans l’articulation de ceux-ci.

La psychanalyse y est impliquée : par la grâce du transfert, c’est-à-dire du déploiement de la réalité sexuelle de l’inconscient, et l’incise de l’interprétation, il permet que la question reste ouverte comme l’indique Lacan. Au pouce levé de la demande de suspension du jeu du mariage, répond le coup de pouce du désir d’analyse afin que l’analysant puisse conjuguer, à la première personne, sa réponse.

[1] Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1991, p. 332.

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