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Cake war

Cake war

Vous ne le savez peut être pas, mais une étrange guerre judiciaire sur fond de gâteaux de mariage fait rage aux USA. Tout commence en 2012, lorsque Jack Phillips, un pâtissier et évangéliste de son état, refuse de réaliser le gâteau d’un couple homosexuel. Condamné pour discrimination par la Commission des droits civiques de son État, le Colorado, il saisit à son tour la Cour suprême en invoquant le Premier amendement et l’entrave à la liberté d’exercer sa religion qu’aurait constituée pour lui la confection de l’entremets – « La Bible dit que le mariage se célèbre entre un homme et une femme, je ne peux pas aller contre la Bible ». Dans son arrêt, la Cour, bien que réaffirmant la légitimité constitutionnelle des lois anti-discrimination, donne raison au pâtissier. L’argumentation de l’un des juges vaut le détour : « “Phillips participe activement à la cérémonie de mariage” parce qu’il discute du gâteau avec les futurs mariés […] ; les gâteaux de mariage “véhiculent” le message selon lequel “le couple mérite d’être célébré”. Selon lui, réaliser un gâteau de mariage destiné à un couple gay revient donc à “exprimer son approbation face au mariage homosexuel” »[1].

Cette affaire a eu son répondant, toujours dans le Colorado, lorsqu’une pâtissière a refusé la commande d’un client qui lui avait demandé d’inscrire sur des gâteaux en forme de Bible « Dieu déteste les gays » et s’est vue intenter un procès pour discrimination religieuse [2].

Cette guerre des gâteaux nous indique que l’inscription du mariage homosexuel dans la loi n’en assure pour autant nulle garantie. Nous en avons des exemples récents cette semaine en Europe, quand une responsable d’un service d’adoption explique (sans honte !) que son service discrimine sciemment les couples de même sexe parce qu’ils sont « un peu atypiques, si on peut dire, par rapport à la norme sociale et à la norme biologique », et qu’ils leur réservent donc des « profils d’enfants atypiques » [3] ; où encore lorsque le nouveau ministre italien de la famille, Lorenzo Fontana, déclare, en mode faits alternatifs, que « Les familles arc-en-ciel n’existent pas dans la loi italienne » [4].

Les opposants au mariage homosexuel défient ou dénient la loi de manière ouverte, se vouant à rétablir un ordre symbolique qui lui serait supérieur. « Un monde […] où chaque chose est à sa place, un monde qui est verrouillé par le père, le patriarcat. Le désordre que l’on constate est alors aussitôt dévalorisé comme étant imaginaire, c’est-à-dire à la fois inconsistant et parasitaire »[5]. Ce faisant, ils ne font que démontrer davantage l’atomisation de l’ordre symbolique et dénuder le fait que la haine est au fondement du lien social.

 

« Désolée, mais nous sommes traditionalistes : se marier, ce devrait être
exclusivement dans le but d’amener un court répit entre deux royaumes en guerre. »

 

 

[1] Cf. l’article très complet de Mark Joseph Stern, disponible en ligne : http://www.slate.fr/story/162851/droits-civiques-americains-affaire-gateau

[2] Cf. http://www.slate.fr/story/97143/etats-unis-proces-gateau-homophobe

[3] https://www.francetvinfo.fr/societe/mariage/mariage-et-homoparentalite/adoption-d-enfants-atypiques-par-des-homosexuels-la-responsable-du-service-adoption-de-seine-maritime-cree-la-polemique_2809105.html

[4] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/06/04/italie-le-nouveau-ministre-de-la-famille-affiche-son-opposition-aux-unions-homosexuelles_5309325_3214.html

[5] Cf. Miller J.-A., « Une réflexion sur l’Œdipe et son au-delà. L’Autre sans l’Autre », Mental, n° 30, novembre 2013.

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