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Le polyamour, une mythologie contemporaine

Le polyamour, une mythologie contemporaine

Exit les relations amoureuses conventionnelles disent les adeptes du polyamour. Le « tu m’appartiens », la « possession du partenaire » ou son exclusivité sont bannis. Il ne s’agit ni d’infidélité, ni d’union libre, ni de polygamie, ni d’échangisme ou de libertinage, ni d’amours multiples au sens de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ou de l’amour-camaraderie issu de la tradition marxiste ou encore de toute autre dénonciation de la monogamie, héritage des travaux de Charles Fourier rédigés sous la Restauration et qui, après 68, seront tenus pour précurseurs de la libération sexuelle de la fin du xxe siècle. Selon la source Wikipedia, le polyamour est un vocable apparu dans les années soixante dans un roman de science-fiction de Robert A. Heinlein : En terre étrangère. Il essaime d’abord dans la contre-culture nord-américaine des années 1970 et se diffuse ensuite dans la société toute entière. Mais ce sont des sites dédiés sur internet qui le mondialisent. En 2005, une psychologue américaine, Meg Baker, définit le polyamour « comme l’orientation relationnelle présumant qu’il est possible [et acceptable] d’aimer plusieurs personnes et de maintenir plusieurs relations amoureuses et sexuelles à la fois, avec le consentement des partenaires impliqués et qu’il est souhaitable d’être ouvert et honnête à leur propos »[1]. Cette définition n’atteste-t-elle pas que chacun, confronté au réel du sexe et à la question de l’être sexué, construit son propre montage pour en affronter les embrouilles au temps où se dévoile toujours plus avant l’Autre qui n’existe pas ? Les polyamoureux contractualisent ce montage par des règles clairement énoncées par les deux, trois, quatre ou plus de partenaires en jeu. Ce qui distinguait l’amour côté femme et côté homme s’estompe sous la poussée d’une jouissance égalitaire et la scission de l’amour et du désir se décline aussi au féminin.

Pas de moitié (quelle que soit son orientation sexuelle d’ailleurs) qui existerait de par le monde : enterrement définitif du mythe d’Aristophane ! Pas de revendication non plus contre l’aliénation du couple, mais plutôt une éthique du polyamour fondée sur l’honnêteté, le consentement, le respect d’autrui, la bienveillance où rien ne doit être caché. On peut décider ensemble qui utilisera ou pas le préservatif, si les partenaires à venir seront fumeurs ou non-fumeurs, vivants ou pas dans la même ville.

Cette éthique, tel un diktat surmoïque, impose l’exposition du mode de jouissance de chacun. Et si une de ces combinaisons amoureuses tournait mal, si la jalousie entachait le contrat, la communauté des polyamoureux peut échanger sur des sites comme Amours.pluriels et se rencontrer à l’occasion dans un « café poly » pour converser sur cet idéal d’amour sans exclusivité.

La guerre des sexes n’aurait plus lieu… Pourquoi ne pas y croire quand on reconnait à l’instar des polyamoureux que le désir est évanescent et qu’il n’y a de sexualité qu’anormale ? Sans clé symbolique propre au rapport sexuel qui n’existe pas, le polyamour se présente comme une solution imparable pour palier la solitude foncière du parlêtre en imaginant contractuellement effacer toute ombre de ratage de la vie amoureuse. Cette version de l’amour qui tente de baliser les aléas du désir tout en feignant ignorer le hors-sens de la jouissance dans le sexuel n’en reste pas moins un mode de défense car la rencontre avec le non-rapport sexuel est toujours traumatique, polyamoureux ou pas.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Polyamour#Baker2005nb

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