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Le mariage sens dessus dessous

Le mariage sens dessus dessous

 Que vous évoque le titre des prochaines Journées de l’ECF ?

 Le mariage est toujours gai au sens d’une satisfaction pulsionnelle qui subsiste, insiste et se répète que le sujet le sache ou non. C’est pour cela qu’un mariage ne se rompt pas si facilement. C’est cette jouissance paradoxale qui conduit de nombreuses personnes à consulter un analyste. Le mariage est cause de gaîté, certes, mais aussi de peine et de questionnement sur l’amour et le désir dans leur lien à la sexualité.

Par ailleurs, la cérémonie du mariage est un moment à part dans l’existence. On se marie pour avoir son mariage, pour se faire beau et vivre un jour exceptionnel. Lacan estime que le rite nuptial est une métaphore. Le voile dont on se pare dans les noces, nuptiae, est le voile du sens. C’est un semblant utile à l’amour.

Si le mariage est une institution à la racine du lien social, pour se marier, il y a toutefois un pas à faire. La dimension de la joie apparaît corrélative du consentement à ne plus jouir tout seul de son propre corps.

 

Que dit Lacan à propos de la sexualité et du mariage ?

 Dans sa thèse sur la paranoïa de 1932, Lacan montre que le mariage peut mener un sujet à la déraison, le défaut de la satisfaction sexuelle jouant le rôle d’un accélérateur. Le dévoilement progressif des causes de la mésentente conjugale et la précision avec laquelle Lacan s’attache à décrire la façon dont le nœud du mariage d’Aimée se défait en font un texte incontournable.

Au départ, Aimée s’appliqua honnêtement aux devoirs de la vie à deux. Le malaise dans son ménage se manifesta d’abord sur le terrain des goûts. Amoureuse d’une image idéalisée d’elle-même, elle se rêvait en femme de lettres et se réfugiait dans la lecture. Tandis que son mari, homme terre à terre au verbe haut, n’avait aucun penchant pour le domaine de la pensée spéculative.

Lacan relève aussi que la frigidité d’Aimée fut un facteur aggravant. La satisfaction sexuelle aurait pu, sinon, résoudre le conflit conjugal, du moins le rendre un peu plus supportable pour les deux parties. Enfin, erreur fatale : les époux s’étaient avoués leur vie amoureuse passée et cela ne fit qu’aggraver les choses. En effet, ces confidences allaient servir de munitions dans la guerre entre mari et femme. Ce qui se manifeste à travers cet exemple clinique devenu célèbre, c’est qu’un mariage est un fait de discours qui s’origine dans le rapport que chacun entretient avec l’idéal, le sexe et la parole.

 

A-t-il parlé du mariage dans la suite de son enseignement ?

En effet, il convient de rappeler que Lacan s’intéressa à la thématique du mariage tout au long de son enseignement. Cela commence par le cas Aimée que je viens d’évoquer, jusqu’à la remarque dans le Séminaire XXIII que Nora, l’épouse de James Joyce, va à celui-ci comme un gant : elle le serre. On pourrait aussi reprendre les développements de Lacan sur le mariage d’André Gide avec sa cousine Madeleine, l’amour de sa vie, alors que le désir sexuel de l’écrivain se portait vers les garçons.

En vérité, les psychanalystes ont beaucoup de choses à dire sur le mariage depuis la découverte de l’inconscient par Freud. Le moment est arrivé de procéder à l’inventaire de ce thème à l’aide du dernier enseignement de Lacan et celui de Jacques-Alain Miller. . Ces Journées de l’ECF seront l’occasion d’en savoir plus sur cette forme de discours qui résiste de façon si surprenante au déclin du phallocentrisme et du patriarcat.

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