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Jusqu’à ce que la mort (enfin !) nous sépare

Jusqu’à ce que la mort (enfin !) nous sépare

Il peut paraître étrange que l’exposition « Couples Modernes » au centre Pompidou-Metz[1], où la trajectoire d’une quarantaine de couples d’artistes de la première moitié du XX siècle est présentée, n’expose pas le couple formé par Gala et Dalí[2]. Cependant, finalement, leur absence est justifiée là où Gala n’a pas eu une trajectoire artistique, si on ne considère pas comme une trajectoire artistique le déroulement de sa propre existence comme une œuvre d’art total.

En revanche, là où ce couple ne peut pas être absent, c’est dans le cadre de nos réflexions autour du thème des prochaines journées de l’ECF, parce que, quel meilleur exemple que le tandem formé par Gala et de Dalí pour nous aider à réfléchir sur les rapports inattendus qui peuvent se tisser entre le mariage et la sexualité ?

On dit que le mariage n’est pas la garantie d’aucune sexualité, ni que la sexualité trouvera satisfaction à cause du mariage et on évoque la fonction du mariage dit « arrangé », avec des doses minimales de sexualité dans la noblesse ou les castes à des fins de perpétuation de la lignée. Mais, tout utilitariste qu’il peut être le mariage et toute aléatoire qu’elle soit la sexualité, ces deux termes se présentent, sinon comme indissociables au moins comme ne pas complètement disjoints, dans le conjugo.

Et bien, dans le cas de Dalí et de Gala la sexualité n’est pas seulement dissociable du mariage sinon qu’elle est…inconcevable !

Oui. Dalí et Gala se marièrent civilement en 1934 dans la Mairie du 14 ème arrondissement à Paris, avant de se marier religieusement en 1958 au Sanctuaire des Angels, près de Gérone. Au sens propre du mot, leur mariage n’a jamais été consommé. Le mari était un voyeur, l’épouse avait souvent besoin de jeunes hommes qu’elle faisait venir au château que Dalí lui avait acheté, en 1969, à Pubol, et où il était seulement autorisé à lui rendre visite par invitation écrite.

Apparemment ce mariage (avec ses modalités propres) les a rendus très heureux. Surtout lui qui chercha à se marier une deuxième fois. Toujours avec Gala évidement ! N’étant pas divorcé, il aurait contacté le Vatican pour demander une dérogation exceptionnelle. Devant le refus de Rome, il se serait rapproché de l’église orthodoxe copte.

Peut être que justement l’absence de rapport sexuel lui faisait voir chez Gala, La Femme, la femme idéale capable de lui causer le désir de vouloir l’épouser et l’épouser et l’épouser …éternellement. Comme si le dogme dalinien, fondé sur et pour des raisons qui lui étaient propres, pourrait s’écrire comme suit : « Plus on épouse moins on convoque le sexuel (et/ou inversement) ». Et cela jusqu’à la mort.

A ces effets, signalons un détail surprenant : ils ne reposent pas ensemble. Gala est enterrée dans la tombe construite dans la crypte du château de Pubol (où une autre tombe contigüe à la sienne et qui la rejoint sous terre, était réservée à Dalí). Lui, qui avait toujours voulu reposer auprès d’elle, aurait demandé au maire de Figueras, peu avant sa mort, d’être enterré au Musée-Théâtre qui porte son nom. C’est là qu’il se trouve aujourd’hui, sous la coupole du musée, où les visiteurs sont invités à marcher sur sa pierre tombale puis à descendre au sous sol pour l’admirer de front.

Cette séparation de sépultures a suscité de diverses réactions : certains demandent et bataillent pour que Dalí soit déterré et rejoigne Gala à Pubol et ainsi les réunir dans le repos final. D’autres, à l’inverse, considèrent qu’il est bien ici, éloigné de son épouse pour laisser à cette dernière un espace de liberté comme cela fut le cas dans la vie.

[1] Cf. à ce sujet l’article de Valérie Chevassus-Marchionni sur ce blog :  https://www.gaimarionsnous.com/2018/06/26/symetrie-pathetique/

[2] Les informations reproduites (apocryphes ou pas) sont issues de l’article Dali de Wikipédia et des liens que ce article propose. Aussi de l’article La sépulture fantôme de Salvador Dali, près de Gala dans la série « Tombes d’artistes » paru au journal Le Monde du 8 Septembre 2015.

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