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Paysage anthropologique

Paysage anthropologique

L’été fut-il en pente douce ? Pas précisément si vous avez suivi les excellentes « pioches » concoctées par l’équipe bibliographie et les hilarants gifs « on the beach » de la cellule choc du commando com. Ils ont permis de prendre le tournant estival, et introduisent à l’accélération jusqu’aux prochaines Journées de l’ECF.

Moins le nez dans le guidon, grâce aux apports de l’anthropologie, le mariage devient chose étrange. Le code de 1804 s’était d’ailleurs bien gardé de définir le mariage, se contentant d’égrainer ses conditions d’existence, conditions, note Françoise Héritier[1], qui sont loin d’être universelles : des mariages sont parfaitement légaux, ailleurs, sans obligation de communauté de vie ni même d’union sexuelle ; la monogamie est loin d’être une condition, et il existe, sous certaines contrées, des mariages entre femmes sans cohabitation sexuelle mais où persistent les rôles masculin et féminin, indépendamment des sexes des partenaires. Une variation donc des formes de mariage avec cependant un point qui semble universel de tautologie spécifique au régime du registre symbolique : inscription de la filiation et mariage se tiennent et se légitiment.

Sous d’autres latitudes encore, le mariage est alliance de maisons, de groupes sociaux : ainsi, un homme et une femme se lient afin de concrétiser une paix durable, voire une coopération entre groupes étrangers à priori ennemis. Sous cet accent, on relira le mythique enlèvement des Sabines et le caractère structurant du consentement des dites femmes.

Mais dans la définition proprement dite de ce contrat d’alliance entre groupes, qu’étudie F. Héritier, « rien à priori n’oblige à la consommation sexuelle et à la procréation ni ne définit le caractère hétérosexué des garants de l’alliance. » Elle en conclut que « la légalité d’union homosexuelle n’est pas une révolution mais une actualisation des potentialités dont l’alliance entre groupe était porteuse ».

On complétera ce paysage anthropologique du mariage par la lecture des trois remarquables conférences – la seconde notamment – de L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne[2] de Claude Lévi-Strauss que le blog des Journées vous recommande vivement !

[1] Héritier F., « Quel sens donner aux notions de couple et de mariage à la lumière de l’anthropologie ? » Informations sociales 2005/2 (n°122), p. §-15.

[2] Lévi-Strauss C., L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Paris, Seuil, collection La librairie du XXIe siècle, 2011.

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