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Oui !

Oui !

Le véritable enjeu du mariage civil réside dans le oui performatif prononcé par les futurs mariés. Oui, ce oui, dont les variations de l’énonciation sont innombrables et la modalité toujours attendue par l’assistance comme le point d’orgue de la cérémonie en constitue l’enjeu décisif.

Il y a les oui exclamés et assertifs, il y a les oui timides, bredouillés, il y a des oui dégainés, ceux qui se font attendre, il y a les oui sonores et les oui étouffés. Aucune de ces modalités du oui ne fait jamais oublier ni aux futurs mariés ni à l’assistance, ce que Lacan a formulé à sa façon si inventive, mais que chacun, au fond, sent confusément, à savoir qu’« il n’y a pas de rapport sexuel ». Non, pas de rapport (au sens mathématique) entre l’homme et la femme. Ils sont incommensurables l’un à l’autre. L’homme est à la femme ce que la diagonale est au côté du carré, et réciproquement. C’est un fait. Il en va de même d’ailleurs, quoi que pour d’autres raisons, des femmes entre elles et des hommes entre eux, ce qui les rend eux aussi tout à fait éligibles au mariage.

Donc, aucun oui, quelle que soit la modalité de son expression, ne fera oublier à quiconque que le mariage tire justement sa valeur de ce que l’impossible soit là, et que c’est à la seule contingence d’une rencontre que ces deux êtres qui se marient doivent de s’aimer. Si le oui qui fait le cœur même du mariage est tant attendu, c’est que résonne, dans son énonciation même, cette proposition forte de Lacan : « affirmer, c’est s’engager, mais ce n’est pas être sûr »[1].

 

 

[1] Jacques Lacan, Propos sur la causalité psychique. Bonneval 1946

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