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« Acceptes-tu de ne pas te marier avec moi ? »

« Acceptes-tu de ne pas te marier avec moi ? »

L’excellente comédie Quatre mariages et un enterrement, réalisée par Mike Newell en 1994, est une radiographie des effets du mariage sur les invités, notamment sur un groupe de célibataires. Ainsi, pour Charles, célibataire invétéré, témoin du premier mariage, c’est l’inconscient qui est au rendez-vous : il ne se réveille pas à l’heure, oublie les alliances et commet une série de maladresses dans son adresse aux invités. Autant des signes qui révèlent sa croyance intime : le mariage n’est pas fait pour lui ; il lui préfère sa petite vie tranquille. Mais la surprise l’attend au tournant : alors qu’il se croit maître de son existence, un coup de foudre va tout faire basculer.

Saluons la formidable prestation de Rowan Atkinson lors du deuxième mariage, prêtre sujet de son inconscient : le Saint Esprit devient « sain d’esprit »[1] et l’épouse légitime, « pelouse légitime ». Une vérité qui parle au personnage principal par la bouche du représentant de Dieu : Charlie croit à l’amour plus qu’il ne l’accepte et une femme avec qui partager sa vie est autre chose que le droit de disposer du corps du partenaire[2].

Mais embrouillé avec son désir comme il l’est, Charles rate toutes les occasions de déclarer sa flamme à la femme de ses rêves, sans pouvoir arrêter le troisième. mariage, celui de sa bien-aimée avec un autre. Ce sera l’occasion du décès du plus vieux copain de la bande, Gareth, survenu justement pendant la fête. Alors qu’il vient de rencontrer l’âme sœur, Gareth tire sa révérence tandis que la fête bat son plein. Celui qui préférait les enterrements aux mariages –« car on est sûr de détenir le premier rôle » – trouve la mort qui lui convient. Par ailleurs, saisir que la vie a une limite permet à certains personnages de se remettre en question.

On devine que cela a inspiré la décision de Charles : arrêter d’attendre l’impossible et se norme-mâliser comme les autres. Le quatrième mariage est donc le sien avec l’une de ses ex. Mais, devant Dieu, il ne pourra pas mentir et, aidé de son frère muet – qui est le seul à se prononcer lorsque le prêtre demande si quelqu’un a des raisons de s’opposer à cette union – il dira « oui » à l’amour et « non » au mariage. Ce n’est qu’au prix de renoncer au mariage, trop étouffant peut-être pour lui, que cet homme peut condescendre à l’amour. Sa vérité menteuse, qui se faisait entendre dans ses actes manqués, reste inamovible et lui permet de croire à « l’accord parfait » en dehors des liens consacrés par Dieu.

La dernière scène est la célébration d’un mariage sans Dieu dans laquelle il prononce ainsi sa demande à la femme qu’il aime : « Acceptes-tu de ne pas te marier avec moi ? ». Une formule qui en dit long de la dénégation qui pèse sur son désir et sa jouissance. Elle dit aussi : amour pour la vie, oui, pelouse légitime, non !

[1] Nous reprenons la version française, qui a su choisir d’excellentes trouvailles pour ces lapsus.

[2] Connu pour son personnage de Mr. Bean.

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