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Wahou ! Marions-nous !

Wahou ! Marions-nous !

Ils sont jeunes, catholiques, modernes et partagent une volonté d’abstinence sexuelle avant la consécration religieuse de leur mariage. Ils participent au forum Wahou ! qui diffuse la « Théologie du corps », catéchèse de Jean Paul II. L’impénitent clamera, certes non sans raison mais peut-être trop vite, le réchauffé de l’affaire. Écoutons plutôt ces témoignages d’une volonté décidée de continence pour contrer la concupiscence et son trop long cortège de désordres [1].

François a vingt cinq ans, il travaille dans la tech. Plus jeune, il souhaitait déjà préserver sa virginité pour l’offrir à sa future épouse. Les médias l’ont dégoûté du sexe et c’est à Camille, sa fiancée, qu’il réserve sa future vie sexuelle. La continence nécessite ce qu’il nomme « la rigueur du paillasson ». Problématique d’une mise en acte, à contenir, ici imagée d’un seuil, à ne pas franchir, celui de ses tentations.

Inès, vingt-huit ans, rencontre à douze ans les magazines pornos et les sextoys parentaux. Son imaginaire s’embrase et elle s’adonne, dès lors, à la pratique intensive de la masturbation. Une rupture la met, à dix huit ans, « au fond du trou » qu’elle comble par la multiplication des partenaires sexuels. Depuis quatre ans, elle a décidé de ne plus donner son corps en dehors d’un engagement dans le mariage. Elle lutte contre son « addiction » aux images pornographiques afin de « changer son cœur et être dans le don ». « L’abstinence apprend la beauté », dit-elle.

Paul est ingénieur en informatique. Depuis deux ans son couple a décidé de réduire puis de supprimer toutes relations sexuelles afin « qu’actes et pensées correspondent ». Paul veut ainsi éviter « les galères », tel le divorce. Sa confrontation aux images pornographiques a « chosifié la femme ». Le sexe parasite la vérité, ici celle de l’amour.

Claire a vingt cinq ans. Elle a eu des petits copains avec qui elle se projetait dans une vie commune. Mais elle ne se sentait pas aimée dès les premiers baisers, « volés » dit-elle, voilant ainsi par cette  jolie formule les enjeux d’une cession plus réelle. Certes la sexualité, le désir sont bons pour Claire, mais c’est en tant qu’ils donnent la vie. Claire vise « une vie de cohérence, à chaque instant ».

Ce qui frappe à l’écoute du témoignage de cette jeunesse, c’est d’abord une mise à ciel ouvert de leur sexualité, petit bout de modernité au sein d’une communauté catholique éprise de tradition. Toutefois, le sexuel s’avoue d’autant mieux qu’il prend statut de péché dans le cadre d’un processus de rédemption, c’est la fonction de la continence, dont le mariage est l’instrument. La communauté Wahou ! vise, sous les hospices d’une interjection branchée qui conjoint surprise et admiration, à « découvrir l’amour humain dans le plan de Dieu ». Elle se fait le lieu d’une confession des péchés de chair, de cette « sensualité qui réagit par elle-même »[2], selon la formule de Jean Paul II, ou pour le dire plus simplement, n’en fait qu’à sa tête.

La communauté Wahou ! témoigne d’un mouvement plus général de retour aux valeurs de cette institution humaine qu’est le mariage, à sa vocation de freiner les conséquences, dans le lien social, de la montée au zénith de l’objet a. Il s’agit ici, reprenons les formules de Lacan à propos du mythe personnaliste, « d’articuler l’acte dans le champ de la réalisation subjective en y éludant la priorité du a ». Pour Lacan, bien au contraire, l’objet a « inaugure le champ de la réalisation du sujet, et y conserve dès lors son privilège, de sorte que le sujet comme tel ne se réalise que dans des objets qui sont de la même série que le a, du même lieu dans cette matrice »[3].

C’est cette vérité objectale que Wahou ! tente de recouvrir au profit d’un amour « en vérité », tourné vers le divin.

 

 

 

[1] « Les abstinents sexuels », Les pieds sur terre, émission de Sonia Kronlund, France culture.

[2] Jean-Paul II, Audience du 6 mai 1981 – Théologie du corps 063

[3] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 367.

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