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À la fête ?

À la fête ?

Une amie s’étant rendue récemment coup sur coup à deux mariages me faisait part de l’extrême conformité de leur déroulement. Elle s’étonnait de s’être retrouvée dans des séquences très normées : identité de musiques, de jeux – de Cendrillon, des douze mois, des Z’amours, etc. –, d’animations souvenirs tel le photomaton. Elle nomma ce style du terme d’événementiel, soulignant que la cérémonie du mariage était passée aujourd’hui dans les mains des wedding planner. Et comme elle fut mariée aussi, en un autre temps et dans une région où la tradition faisait encore sentir ses effets, elle concluait que, d’un certain point de vue, il n’y avait finalement pas de différences essentielles entre le temps où le mariage s’organisait entre les familles et celui où un prestataire extérieur les met en scène.

Dans les deux cas, en effet, le mariage se doit de rester une cérémonie, un semblant qui dépasse largement les mariés eux-mêmes – les convives avec eux –, et qui, même s’il n’est pas religieux, garde des formes extérieures et des règles solennelles qui marquent une célébration, celle du chacun à sa place, du à chacun sa chacune – fermez le ban !

Y fait-on la fête ? Oui en un certain sens qu’indique Lacan : « Donner ce qu’on a, c’est la fête, ce n’est pas l’amour. »[1] La fête est affaire de biens – enfants et corps compris, mais elle ne dit rien des rapports du sujet au désir, à l’amour. À ce titre, le mariage de personnes du même sexe, le mariage forcé ou celui d’un prêtre[2] remettent le désir d’une femme, d’un homme à la Une, et « ce symptôme normal qu’est le mariage »[3] comme le qualifiait J.-A. Miller, si on suit à la lettre son enveloppe formelle peut nous mener « à cette limite où elle se rebrousse en effets de création »[4].

C’est le trouble-fête qu’est la sexualité comme non-rapport qui fait certes côté garçon le mariage du sujet avec son fait-pipi et côté fille avec l’Autre, mariages qui, au-delà, ouvrent sur bien des formes d’unions[5]. Les psychanalystes garantissent qu’un lieu pour ce que Lacan a appelé le désir, c’est-à-dire pour l’invention, le nouveau, soit préservé.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre viii, Le transfert, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2001, p. 419

[2] Cf. « Être prêtre et se marier », entretien avec le père David Gréa, par Jérôme Lecaux, disponible sur le blog des J48 : https://www.gaimarionsnous.com/2018/09/23/etre-pretre-et-se-marier-entretien-avec-le-pere-david-grea/

[3] Miller J.-A., « Vous avez dit bizarre ? », Quarto, n° 78, février 2003

[4] Lacan J., « De nos antécédents », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 66

[5] Cf. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université paris VIII, cours du 21 mai 1997, inédit.

« Il y a différents types de symptômes, c’est le supermarché ou l’hypermarché, vous avez les symptômes de grande consommation, pour remplacer l’absence de rapport sexuel, il y a, donc je disais, l’union intersexuelle, monogamique, à l’essai, celle qui est consacrée par l’Église, celle qui est purement laïque, il y a le collage, le concubinage, il y a un certain nombre de symptômes qui vous sont proposés à la place de formules, qui vous sont proposés à la place du rapport sexuel, pour l’ordonner, pour essayer d’ordonner la relation. »

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