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Karl Abraham et le mariage endogamique

Karl Abraham et le mariage endogamique

Le mariage constitue pour un analyste un terrain d’investigation infini devant lequel Karl Abraham ne reculera pas. Peu après le « scandaleux » ouvrage des Trois essais sur la théorie sexuelle, publié en 1905, il entend corroborer la thèse freudienne de l’existence de la sexualité infantile nouée au complexe d’Œdipe mais aussi, il faut le souligner, à son au-delà…

Un article de 1909, « Mariage entre personnes apparentées et psychologie des névroses »[1] permet l’avancée d’un savoir concernant le choix du partenaire amoureux dans son articulation déterminante à l’existence de l’inconscient. Abraham y conteste un préjugé tenace : la croyance populaire entretenue par une certaine littérature médicale qui voit dans le mariage entre parents la cause d’une tare héréditaire surgissant sous la forme de maladies nerveuses ou mentales fréquemment observées. Abraham parvint à suspendre, le temps qu’il faut, la version d’une telle causalité pour aller bien plutôt interroger ce qui pousse inexorablement certains sujets vers un mariage « endogamique ». Force est de constater que la plupart des personnes concernées restent, bien au-delà de l’enfance, fixées à l’objet sexuel infantile, empêchant de fait « un transfert des aspirations amoureuses sur des personnes étrangères de l’autre sexe »[2]. La force de cette fixation libidinale infantile induit le choix forcé entre le célibat qui trouve dans cette étude une de ses racines inconscientes et, le mariage avec un membre de la famille.

Il faut donc lire l’union entre membres d’une famille non pas comme la cause d’une tare héréditaire mais comme la conséquence d’une prédisposition névrotique. Ce n’est que secondairement que le mariage prend ses effets, en favorisant une prédisposition névrotique qui le précédait. Il devient, alors, un facteur d’accroissement de la névrose.

Plusieurs années plus tard, Goldwyn, le célèbre producteur de films proposa à Freud cent mille dollars s’il consentait à prêter son concours au tournage d’un film consacré à des histoires d’amour célèbres. Freud déclina l’offre car il ne croyait pas à la possibilité de présenter ses théories sous cette forme. Abraham, à qui une offre analogue avait été faite demanda son avis à Freud qui ne le découragea pas d’essayer… La sortie du film, dont Sachs surtout était le responsable, en raison de l’état de santé de Abraham, fut huée par le public !

Des tracasseries supplémentaires amenèrent une controverse pénible dans la correspondance de ces deux grands amis qu’étaient Freud et Abraham. Elle prit fin sur ce désaccord du fait du décès brutal de Karl Abraham, le jour de Noël 1925.

[1] Abraham K., Œuvres Complètes/I (1907-1914), Paris, Payot, 1965

[2] Ibid.

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