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Mon coup de cœur : Le photographe de mariage

Mon coup de cœur : Le photographe de mariage

Je dois bien l’avouer, dans ces moments d’attrape-regard que sont les mariages, celui qui attire mon œil, n’en déplaise à la mariée, c’est le photographe, « ça me regarde ».

Celui-là a mis sur son site internet : vos émotions en photo, cet autre promet : Naturel et moderne, un troisième assure : Photo de star pour les stars d’un jour… Celui-là me plaît, tel un grand couturier qui annoncerait : Paris, Milan, Tokyo, il avance : Quimper, Rennes, Brest.

Je dois l’avouer, si le photographe est l’œil du mariage, je suis le voyeur, celui qui aime regarder l’œil.

Le photographe de mariage est donc l’œil qui vous regarde. Toujours un sac en bandoulière avec de nombreux objectifs, prouvant à qui pourrait en douter qu’il est un vrai professionnel, il promène son œil sur l’assistance. Photos volées, sur le vif : la grimace de tonton Nestor, cher à Brassens, qui fera rire quand, quelques jours plus tard, et même des années, on regardera l’album ou plutôt, désormais, le site internet du mariage ; celle surprise des amoureux se regardant dans le blanc des yeux ; tata Lulu entrain de danser ; le témoin faisant son speech ; la maman en larmes ; le tout petit cousin endormi sur la table…

Et puis, il y aura aussi celles posées, après un repérage minutieux, au pied de cet arbre, sur cette balançoire, à côté du puits, sous une arche fleurie… à cet endroit on prendra les mariés, les témoins, la famille, de l’un, de l’autre, juste les parents, les grands-parents, et maintenant, tous ensemble.

Là où l’œil est curieux, à l’affut, comme celui du photographe, son produit, les photos, se fait regard. Les photos, ensuite, nous regardent et alors, ce qui n’est pas dit, mais toujours là, c’est que la vedette du mariage, c’est le photographe, dans ce tour de magie inouï qui transforme l’œil en regard. La trace, au-delà de l’image, c’est ce qui du corps a été imprimé au moment de l’image, qu’elle soit posée ou volée.

Et si dans quelques années, le mariage n’a pas donné les fruits escomptés, si les amoureux du jour se séparent, ou que le funeste « jusqu’à ce que la mort vous sépare » n’en laisse plus qu’un, alors, en feuilletant à nouveau l’album, une larme ou pourquoi pas une rage peut prendre l’œil qui est pris par l’image qui le regarde. C’est que ce n’est pas l’image qui compte, pas sa représentation, c’est que l’homme au sac en bandoulière aura vraiment su saisir l’insaisissable, la trace dans le corps de celui dont l’œil est pris par ce qui le regarde et que la photo recouvre, mais qui fait retour.

Alors, dans les mariages, même celui qui pique des petits fours et des coupes de champagne et qui drague la cousine a ma préférence, oui, mon coup de cœur, depuis toujours, c’est le photographe.

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