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Pas ce soir… Ni demain d’ailleurs, peut-être après-demain ? Faut voir !

Pas ce soir… Ni demain d’ailleurs, peut-être après-demain ? Faut voir !

Dans le numéro 83 de Society [1] se glisse une enquête intitulée « Sous les sunlights des toxiques », un titre énigmatique qui concerne la relation entre deux personnes qui n’aboutit jamais sur une histoire d’amour. Il s’agirait d’« un phénomène abstrait », « toxique » pour l’un voire pour l’autre des protagonistes de l’affaire. À quand le gène qui déterminera si oui ou non vous êtes « toxique pour l’autre » et à cet égard, condamné au célibat, telle est la question ! La relation amoureuse est construite sur ce que Lacan ne démentirait pas, une rencontre de jouissance(s), des corps, mais pas sans mots (d’amour). Les cœurs en mal de rencontre n’en peuvent mais de ne pas « savoir aimer », ou savoir « se faire aimer ». Se dévoile une solitude vertigineuse, où ce ne sont plus les mots d’amour qui peuvent faire signe d’une possible relation, mais les « faits ». Ne s’entend que rarement l’équivoque « j’aimerai avoir quelqu’un [dans ma vie] » qui déplace le sentiment amoureux sur le plan de l’avoir. Le « baiser » donc ? L’objectalisation du partenaire le rend inconsistant et inconstant. Le désir a déserté la rencontre, reste « l’avoir », cette relation qui vous permet d’être un peu moins tout seul(e).

Les témoignages recueillis dans cet article l’illustrent : « Il propose que l’on se voie, puis il disparaît, et on ne se voit jamais. Vraiment je ne comprends rien. Soit, tu me laisses, soit tu ne me laisses pas, mais ne fais pas les deux » nous dit Léa. Romain précise : « Ce sont totalement des histoires de gens qui sont incapables de se parler ». Dans la même veine, les « échanges » de jouissance, « le plan cul » ne font jamais promesse mais réactivent la demande, de toujours, jamais ça. Les quelques relations sexuelles (somme toute assez rares) qui émaillent cette relation dite toxique, ne font pas histoire, la sexualité n’est plus le dénominateur de ce qui pourrait être le gage d’une intimité partagée.

Une jeune femme précisait qu’elle « couchait d’abord », sans savoir si son désir pouvait trouver à s’alimenter du manque dans l’autre, trop pressée de réaliser ce qu’elle méconnait de son être de jouissance. Elle se plaint de tomber sur le même type d’hommes, de ceux « à qui on ne peut faire confiance ». Ce comportement, qui n’a rien d’amoureux, est l’illustration d’une solitude de chaque un, en quête d’un amour idéal, dans la recherche insatiable d’une « âme sœur » qui serait là pour « combler » le vide de l’existence, vide s’il en est quand parler ne sert plus la rencontre. Chacun tout seul, la vie se déroule dans une suite de déceptions, « Je pourrai peut-être trouver mieux, je ne peux pas m’engager, ou alors si je m’engage, je vais souffrir et le regretter. ». L’objectalisation de l’autre a son envers, deux-tout-seuls ne savent plus « faire couple ». L’angoisse est aux commandes.

Au travail donc de trouver « les mots pour le dire »[2], les sujets modernes souffrant d’une attente sans limite, sans ponctuation. La rencontre, si elle opère, permet au sujet de « se (re)mettre à dire », et d’appréhender un savoir-faire avec le malentendu, de structure. On saisit ici que le paradoxe de la liberté de choisir enferme le sujet dans une attente anxieuse, seul(e) avec son désir en berne, sa jouissance en trop. Comme le soulignait une autre femme, inscrite sans beaucoup de conviction sur un site : « j’ai deux rendez-vous, à devoir choisir, j’y perds ma raison, mon désir ».

 

 

[1] « Sous les sunlights des toxiques », Society, no83, 14 au 27 juin 2017, p. 40-43.

[2] Les mots pour le dire, film de José Pinheiro, 1983.

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