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Trois femmes et un mari

Trois femmes et un mari

Trois femmes, Deborah Bishop, Rita Phipps, Lora Mae Hollingsway, reçoivent, au moment d’embarquer pour une excursion, un télégramme de leur amie Addie Ross : celle-ci leur annonce qu’elle quitte la ville avec le mari de l’une d’elles[1]. Mystère : de quel mari s’agit-il ? Pour chacune, la question est posée : peut-elle être la femme qui a été quittée ? Mankiewicz nous plonge dans ce qui fait la fragilité de ces couples, ses failles, ses ratages. Chacune de ces femmes va sonder les malentendus, les mensonges, les apories de son mariage.

Deborah Bishop, complexée par son origine modeste, ne fut pas à la hauteur le soir où Brad l’a présentée à ses amis et s’est ridiculisée dans une robe impossible.
Rita Phipps est venue piétiner les valeurs de son mari, professeur, dévoué à la littérature et à l’enseignement, pour servir ses ambitions de réussite matérielle.
Lora Mae Hollingsway n’a cédé aux avances de Porter, son patron, qu’à la condition qu’il l’épouse, rêvant de s’extraire de la pauvreté et d’être traitée comme une reine. Mais cette demande en mariage, « tu as gagné, je t’épouse », teinte de cynisme son conte de fées.

Le nom d’Addie Rosse résonne pour chacune comme une menace. Dès le début, il est sur toutes les lèvres, désignant la femme idéale, le fantasme de tous les hommes, la rivale absolue.
Dans le film, elle n’a pas de visage, et n’apparaît que de façon suggestive : ici l’élégance souple d’une épaule, là le cadre d’une photo qui la sublime, ou encore le petit mot qui vous va droit au cœur.
Addie Ross est avant tout une voix, ironique et perfide, mordante et vénéneuse. Cette voix lui donne un corps et des pouvoirs. C’est le nom de l’impasse de tous les couples, du désir qui se met en travers de l’amour, de la faille inéluctable.
Ces femmes sublimes, ces épouses comblées, font l’épreuve du non rapport sexuel.

A la fin du film, un verre se brise au premier plan, pirouette maléfique d’Addie Ross, qui salue la compagnie et se retire, impuissante à stopper la valse de l’amour, qui reprend de plus belle.
Et la danse de refermer ces chaînes – conjugales.

 

 

 

[1] Film « Chaînes conjugales », Mankiewicz, 1949

 

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