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Usages cliniques du mariage

Usages cliniques du mariage

Le mariage est un acte hautement symbolique. On sait à quel point il l’est, car l’union qu’il établit entre deux personnes est régie par le Code civil ou par des lois religieuses. Son contrat détermine un changement de la position sociale d’un individu qui devient un homme ou une femme marié(e) au sein de la communauté, et ce lien marital peut définir une nouvelle identité, un nouveau lien à l’Autre, avec un nouveau nom s’il le veut. Le mariage peut contenir aussi une visée réelle, et ce nouveau nom peut devenir une nomination de jouissance. Chez certains sujets, ce lien peut aller encore plus loin, et le mariage faire fonction de nouage, voire de suppléance.
Bien évidemment, nul mariage ne fera barrière à l’absence de rapport sexuel, et c’est ce que montre notre clinique psychanalytique. La disharmonie entre les sexes ne peut aucunement être combattue par le mariage qui continue d’être le « lieu élu de la culture des névroses »[1].
Cependant, il n’est pas rare que nous rencontrions une première décompensation dans les circonstances de la perte du lien conjugal chez certains sujets qui jusqu’alors avaient présenté un équilibre et une relative stabilité dans leurs vies. Nous observons parfois des décompensations mélancoliques juste après un divorce, suite à une séparation ou en contrecoup d’un veuvage. De même, ne sont pas rares des épisodes délirants, de revendication procédurière, de préjudice, de persécution ou revendication quérulante qui débutent à l’occasion de la séparation ou de la rupture du mariage. Ce sont des moments où le monde s’écroule littéralement pour le sujet, en même temps que son imaginaire du corps s’investit douloureusement dans une hypocondrie.
On pourrait dire que ces sujets s’étaient réappropriés la formule selon laquelle le statut du mariage permet d’« ordonner [leur] expérience du monde »[2], de la même façon que la fonction paternelle : le mariage est comme un des Noms-du-Père.
Voilà donc un usage parmi les multiples possibles du mariage. La fonction de suppléance est à entendre pour ces sujets comme celle d’un quatrième élément permettant de réaliser le nœud borroméen, qui viendrait à la place du Nom-du-Père, ou plutôt à la place de l’un des Noms-du-Père, fonction sinthomatique qui structurerait et protégerait le sujet d’une décompensation psychotique ainsi que des manifestations de perte du sentiment de la vie.
Lors de nos prochaines Journées, nous pourrons découvrir de nombreux usages cliniques du mariage, car elles étudieront sous tous les angles et toutes les coutures le plus actuel de cette clinique.

 

 

[1] Lacan J., « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 83.

[2] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Être et l’Un », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 4 mai 2011, inédit.

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