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La mante amante

La mante amante

Dans son essai sur l’amour, Stendhal précise que « la défiance rend le coup de foudre impossible »[1]. La défiance n’a pas échappé à Lacan dans son apologue où il imagine être face à une mante religieuse qui n’attend que le moment où elle va le dévorer alors qu’il « ne voit pas [sa] propre image dans le miroir énigmatique du globe oculaire de l’insecte »[2]. Cet insecte a été l’objet de recherches de l’Université de Newcastle[3] : la mante religieuse est dotée d’une vision en 3D comme tous les vertébrés. En d’autres termes, elle est la seule à avoir la même perception visuelle que la nôtre. Ainsi, qui n’a pas en tête l’image de cette mante religieuse dégustant la tête de son homme pendant qu’il l’honore et qu’il fait le choix de se laisser dévorer ? Si pour Jean Hippolite, « l’animal est soumis à la mort quand il fait l’amour mais il n’en sait rien »[4], pour Jacques Lacan, « l’homme le sait et il l’éprouve »[5]. La psychanalyse ne sert-elle pas de paratonnerre[6] contre ce coup de foudre « fondamentalement mortel »[7] ?

Du coup de foudre au mariage, il n’y a parfois qu’un pas. On vous aura prévenu.

[1] Stendhal,  De l’amour, Paris, Arvensa Editions, p. 873.

[2]  Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 14.

[3] Cf. https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/insectes/des-chercheurs-ont-perce-le-mystere-de-la-vision-3d-des-mantes-religieuses_121124

[4] Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 172.

[5] Ibid.

[6]  Cf. Lacan J., « Acte de fondation », Autres Écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 239.

[7] Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud, op. cit, p. 163.

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