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Blessed be the fruit*

Blessed be the fruit*

La deuxième saison de The handmaid’s tale[1] diffusée sur la plateforme Hulu s’est achevée cet été. C’est la suite originale d’une première saison adaptée du roman éponyme de Margaret Atwood paru en 1984. Cette fiction dystopique a obtenu un succès planétaire en raison sans doute des agitations du monde actuel. On y décrit une théocratie écologico-militaire implacable où le nom de Dieu règne en maître en des temps où la science a définitivement grignoté et a finalement eu raison de la nature. La dévastation de la nature est telle qu’elle met en péril l’avenir de l’humanité. L’infertilité, imputée exclusivement aux femmes par l’ordre de fer de Gilead (nomination d’après la Bible des nouveaux États annexés aux États-Unis), menace la perpétuation de l’espèce humaine.

La série est très vite considérée par plusieurs courants féministes comme une prophétie répondant au pouvoir grandissant des évangélistes américains qui attaquent désormais au grand jour les droits des femmes. Des manifestantes vinrent à endosser en guise de protestation la longue robe écarlate et la coiffe blanche de la servante (personnage emblématique de la série), tenue prescrite pour symboliser la fertilité de celle qui la porte. Les servantes de cette fiction sont d’abord « rééduquées » dans un centre d’endoctrinement pour pouvoir effectuer leur devoir devant Dieu afin d’assurer le futur de l’humanité en portant les enfants de l’élite théocratique et éviter la fin du monde.

La série baigne dans une narcolepsie religieuse où se partagent terreur et silence sous une certaine beauté plastique des images rappelant souvent l’esthétique de la Renaissance tantôt par des sources éclatantes de lumière tantôt par un sfumato qui visent à estomper les contours des personnages et des objets nimbés alors d’effets brumeux et vaporeux.

C’est le cas pour une scène nodale de cette série, « la Cérémonie », qui consacre le mariage des seuls couples légitimes mais stériles par l’instauration d’un rite sexuel vouée exclusivement à la procréation. L’héroïne principale de la série, renommée Offred – signifiant littéralement « de Fred » – indique de fait son attribution à un homme procréateur. Elle est devenue un corps réquisitionné pour concevoir et porter l’enfant du commandant Fred Waterford et de son épouse. Épouse qui est ainsi consacrée dans sa dignité de femme mariée au cours de la cérémonie en renouvelant l’histoire de Rachel, Jacob et de la servante Bilhah de l’Ancien Testament. Dans cette scène de coït, l’épouse assise sur le lit conjugal tient les poignées de la servante « offerte » à son mari. Pour cette épouse et son mari s’exécute durant la cérémonie la volonté de Dieu afin de « louer et bénir le fruit » à venir (selon la novlangue religieuse en usage) dans la « sacralisation d’une physiologie naturaliste »[2] tout autant que dans une glorification ithyphallique.

Cette scène qui n’est pas sans scandaliser les spectateurs laisse au fond à Dieu la charge de la cause du désir, comme le dit Lacan dans « La science et la vérité ». Mais, sa crudité indique plus encore que ce recours à Dieu « c’est refuser de s’affronter aux embarras structurels de la jouissance […] que la vraie révélation est qu’il y a une béance de la jouissance, qu’il n’y a pas d’entente chez les parlêtres avec la jouissance »[3]. Cette programmation du rapport sexuel dans cette cérémonie au sein du mariage ne fait que pointer ce que comporte d’horreur le fait que, de structure, « le parlêtre déprogramme le rapport sexuel »[4]. D’ailleurs, les multiples péripéties concoctées par les scénaristes de The handmaid’s tale s’emploient à le montrer au fil des épisodes…

 

 

 

* « Béni soit le fruit ».

[1] La traduction française reprend le titre français du roman de M. Atwood : La servante écarlate.

[2] Laurent M., « Le rapport sexuel spirituellement assisté », La Cause du désir, n° 98, mars 2018, p. 80.

[3] Miller J.-A., « Religion et psychanalyse », La Cause freudienne, n° 55, octobre 2003, p. 16.

[4] Ibid., p. 16.

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