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Bonjour ma cousine ! Bonjour mon cousin germain !

Bonjour ma cousine ! Bonjour mon cousin germain !

Du mythe freudien de Totem et Tabou en 1913 aux Structures élémentaires de la parenté[1] il ressort que certains faits de parenté dans l’ensemble des sociétés humaines sont universels. Claude Lévi-Strauss montre dans son ouvrage que c’est le lien social qui est à l’origine de l’humanité et que la prohibition de l’inceste est à l’interface de la nature et de la culture. C’est le rapport social au-delà du lien biologique appliqué par les termes de père, de mère, de fils, de fille, de frère et de sœur qui joue le rôle déterminant et « C’est l’échange, toujours l’échange qui ressort comme la base fondamentale et commune de toutes les modalités de l’institution matrimoniale »[2]. C’est d’ailleurs après avoir découvert les recherches de Lévi-Strauss sur le système de l’échange (des femmes notamment) que Lacan parlera d’« anthropologie psychanalytique de la féminité » et fera une relecture magistrale du cas Dora freudien à la lumière du livre de Lévi-Strauss.

La prohibition de l’inceste exprime le passage du fait naturel de la consanguinité au fait culturel de l’alliance. Pourtant, de nombreuses sociétés sont endogames. Dans les anciennes dynasties royales des pharaons égyptiens, ou encore comme l’attestent d’anciens textes japonais ou chez Samoa, les mariages entre frères et sœurs et parents-enfants n’étaient pas rares. Si ces cas représentent les cas les plus extrêmes de consanguinité rapprochées, les dynasties royales ont toujours contractées des mariages où la parenté était toujours élevée ceci à des fins d’alliances politiques ou pour préserver le « sang bleu » de ces nobles familles. Ainsi, oncles, tantes, cousins, cousines se mariaient les uns avec les autres. L’endogamie « de relation » ou « endogamie vraie » est un « principe inerte de limitation » dit Lévi-Strauss. Les particularités physiques propres aux alliances endogames et consanguines comme la célèbre « lippe habsbourgeoise » sont l’héritage de plusieurs siècles de mariages consanguins.

De même, dans certains territoires insulaires les effets des unions endogames sont frappants. L’exemple de l’île de Saint Barthélemy dans les Caraïbes me laissa jadis, alors jeune voyageuse, une impression d’inquiétante étrangeté tant la population (uniquement blanche) se ressemblait physiquement. Structure sociale rigide, identité forte et austère, attachement à la terre très fort, aucune interpénétration des populations par des populations extérieures n’avait eu lieu et mêmes les unions hors du cercle local (d’une paroisse à l’autre) pouvaient conduire à l’émigration définitive et à la sortie du groupe social. Le mariage entre apparentés a eu des conséquences assez désastreuses sur une très grande partie de la population de l’île se traduisant par une surdité partielle.

A contrario l’Islande, isolée aux confins du cercle polaire et faiblement peuplée, a su faire face au problème du mariage entre apparentés. Même si les islandais ont des origines communes, elles sont assez éloignées du fait même de l’esprit des Islandais qui n’ont pas hésité au cours des siècles à braver l’espace, à se disperser et à se marier avec des étrangers évitant ainsi à la petite communauté le repli et les dangers des phénomènes d’isolat. De ce fait, bien que peu peuplée, l’Islande n’a pas un taux élevé de mariages entre apparentés. Enfin, grâce à trois jeunes informaticiens, le mariage algorithmique a fait son apparition depuis deux ans. En effet, les islandais disposent d’une application ÌslandingaApp qui permet aux jeunes amoureux de s’informer sur ses origines communes non pas en un clic mais en un « Bump » du nom de l’application. Il suffit de cogner le smartphone sur l’autre et le lien familial apparaît ! Magique !

 

 

 

[1] Lévi-Strauss C., Les Structures élémentaires de la parenté, Berlin, De Gruyter Mouton, 2002.

[2] Ibid., p. 548.

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