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Ce que l’enfant dévoile du mariage

Ce que l’enfant dévoile du mariage

Pourquoi un numéro spécial enfant pour les 48e Journées ? Qui dit « mariage » ne sous- entend pas systématiquement « enfant », et l’inverse est possible. Aujourd’hui, en effet, un enfant peut naître hors ou dans le mariage et il y a des familles monoparentales, recomposées, etc. Quoi qu’il en soit, le signifiant enfant ne prend sa valeur qu’en articulation avec celui de parent. Comme le jour prend sa valeur de la nuit, « l’enfant » se dialectise du « parent ». L’enfant est le fruit d’une rencontre, d’une alliance entre deux parents, qu’ils soient de même sexe ou non, qu’il ait été conçu in vivo ou in vitro. Ce dont témoigne la présence de l’enfant, c’est l’existence d’un réel qui prend corps dans cet enfant, d’une relation entre deux êtres. « L’enfant réalise la présence de ce que Jacques Lacan désigne comme l’objet a dans le fantasme »[1] lit-on dans sa « Note sur l’enfant ».

Les enfants d’aujourd’hui assistent souvent à la cérémonie du mariage de leurs parents. Ils nous apprennent que le mariage, ce n’est pas que la fête du Jour J, avec costumes, fleurs et tutti quanti de faribole. Ils en dénoncent rapidement le semblant, se confrontant au véritable mariage auquel ils ont à faire ; comme nous le dit très bien Freud : « c’est l’ensemble du mariage qui offre aussi à l’enfant attentif le spectacle d’une lutte permanente se manifestant dans des éclats de voix et des gestes hostiles »[2]. Sous le voile des mariés, ou plus exactement sous le voile du mariage, ce sont deux parlêtres – avec leur jouissance singulière et leur construction pour tenter de résoudre la question de l’impossible rapport entre les sexes – que l’enfant rencontre.

Les consultations en PMA nous l’enseignent : la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde est encore nécessaire pour la venue d’un petit d’homme. Ainsi quand un enfant dit « ce sont mes parents » et « ce n’est pas mon père », cet énoncé peut maintenant  se déplacer par l’incidence de la sphère médicale. Cela peut dépasser les théories sexuelles infantiles. Freud avait noté que, pour nombre d’enfants, le recours à une autre famille imaginaire permettait d’élaborer une fiction, d’user de semblants pour recouvrir ce que l’enfant est en tant que réel d’un couple.

Quand nous recevons un enfant, dans nos cabinets ou en institution, il arrive que celui-ci se pose la question de ses origines : « c’est aujourd’hui que viendra la cigogne »[3] de notre cher Hans, ou « tu sais, moi je sais comment on fait les bébés. Papa, il a mis la petite graine dans le ventre de maman. Mon souci c’est comment il a fait ça ? Quand ils se font des bisous ? »   Chez les enfants un peu plus âgés et connectés : « dans les Sim’s, il faut d’abord se faire des câlins pour atteindre le niveau où mes deux Sim’s peuvent se marier et avoir des enfants ».  L’enfant surgit au beau milieu d’un nouage de jouissance, voire de désir.

Nous avons à recevoir avec douceur les douleurs des enfants pour lesquels la désunion parentale produit un symptôme, ou, tout du moins, les conduit à nous consulter. « Des dissensions entre les parents eux-mêmes, les malheurs conjugaux de ceux-ci conditionnent la prédisposition la plus grave à un développement sexuel perturbé ou à une affection névrotique des enfants. »[4] Il n’est pas rare d’entendre un enfant dire : « Mes parents ne vivent plus ensemble et j’ai laissé mon doudou chez maman ». Ou, moins tendre : « Celle-là, c’est pas une mère, elle boit, elle est toujours avec un autre homme dans son lit. Mon père a bien fait de se barrer ». Pire encore : « Mon père, ce salaud qui voyageait tout le temps seul pour tromper ma mère ! ». Jusqu’au « jamais je ne me marierai, ça sert à rien si on s’aime, on n’a pas besoin de se marier pour le dire ». Cependant que d’autres parviennent à dire que « depuis que mes parents ont divorcé, c’est trop cool, j’ai deux lits, deux fois plus de cadeaux, deux fois plus de vacances… » en le payant de ce l’on appelle couramment un conflit de loyauté, où l’enfant est pris par la culpabilité d’éprouver du plaisir chez l’un de ses parents alors que l’autre est absent.

Autant de présences de l’enfant dans son rapport au mariage et bien d’autres encore que vous pourrez découvrir dans ce numéro spécial !

[1] Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 373.

[2] Freud S., « Les théories sexuelles infantiles », La vie sexuelle, Paris, PUF, 1970, p. 23.

[3] Freud S., « Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans (le petit Hans) », Cinq psychanalyses, Paris, PUF, p. 97.

[4] Freud S., Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris, PUF, 2010, p. 109.

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