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L’enfant, entre objet et symptôme

L’enfant, entre objet et symptôme

J48 : Quels sont les effets du mariage sur les enfants que vous êtes amenés à rencontrer ? Que les parents soient mariés ou non, cela change-t-il quelque chose ?

Angèle Terrier : C’est la question du couple formé par les parents qui est prégnante dans la clinique de l’enfant. Dans nos sociétés où avoir un enfant relève d’un choix et même d’un droit, le mariage, le concubinage, le célibat ou encore les nouvelles formes d’arrangements pour avoir un enfant[1] témoignent avant tout de modes de jouir qui retentissent incontestablement sur l’enfant. L’enfant est pris dans le lien symptomatique qui noue le couple parental. La dimension symbolique qui préside au fondement d’une famille compte dans la constitution d’un sujet. Mais c’est avec le réel de la jouissance, qui impacte son corps, que l’enfant va constituer son rapport singulier à la langue.

J48 : Les théories sexuelles infantiles sont-elles influencées par le mariage ou le célibat des parents ?

A. T. : Oui, dans la mesure ou l’enfant est le symptôme du couple parental. Mais les théories sexuelles infantiles n’attrapent pas tant la question du mariage ou du célibat que celle de la jouissance et du désir qui circule dans la famille.
Lacan dans « La conférence à Genève sur le symptôme »[2] s’enseigne du petit Hans pour évoquer l’inscription de la réalité sexuelle dans le langage. Cette jouissance étrangère, qui s’impose à lui avec premières érections, déclenche un symptôme qui n’est pas sans lien avec le type de père et de mère qu’a le petit Hans.
Le tout-petit arrive au monde en tant qu’objet. La manière dont « ça parle de lui » l’affecte et résonne dans son corps. Un peu plus grand il inventera des fictions qui traitent de l’objet qu’il est pour l’Autre parental et de cette réalité sexuelle qui dérange son corps.

J48 : Le divorce est-il toujours un traumatisme ? Quelles sont les conséquences cliniques du ratage du mariage ?

A. T. : À l’heure actuelle, l’enfant se retrouve parfois au cœur du conflit parental, la manière d’élever un enfant devient l’enjeu de rivalités. Derrière cela, il y a une demande d’amour adressée à l’enfant lui-même. Ce qui va mal dans le couple se déplace dans le lien à l’enfant. Parfois les parents s’arrachent l’enfant dans des enjeux de garde au moment d’un divorce. Ceci est paradigmatique de la place de l’enfant comme objet a dans la famille contemporaine, telle qu’a pu le développer Éric Laurent[3]. L’enjeu du côté de l’enfant sera alors de former un symptôme qui le décale de cette place d’objet plus-de-jouir.
Mais ce n’est jamais le divorce en lui-même qui est traumatique, car le trauma concerne toujours une rencontre avec une jouissance hors sens.

 

 

[1] Cf. https://www.gaimarionsnous.com/2018/09/25/sur-les-sites-de-coparentalite-on-trouve/

[2] Lacan J., « Conférence à Genève sur le symptôme », La Cause du désir, n° 95, p. 14.

[3] Laurent É., « L’enfant, objet a libéré », La lettre mensuelle, n° 251.

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