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Les structures complexes du mariage

Les structures complexes du mariage

Comme nous l’indique Jacques-Alain Miller dans son Cours du 21 mars 2001, les structures élémentaires décrivent précisément un ordre symbolique. Étudiant ce qu’on appelle le mariage préférentiel, c’est-à-dire les règles qui s’appliquent pour le choix du conjoint, J.-A. Miller souligne que Claude Lévi-Strauss les corrèle au système de la nomenclature sociale, au système des privilèges et des interdits : « Un système d’échanges est toujours à l’origine des règles du mariage. »[1]

Ainsi, d’après la thèse de Lévi-Strauss sur les structures élémentaires de la parenté, nous pouvons préciser que le mariage est « toujours un système d’échange […] à l’origine des règles du mariage »[2]. L’échange peut être qualifié différemment (direct, indirect, global ou spécial…), « c’est l’échange qui ressort comme la base fondamentale et commune de toutes les modalités de l’inscription matrimoniale ». Ce sont les femmes qui sont la monnaie d’échange : le mariage par échange se fait par l’intermédiaire du don de femme.  L’exogamie est aussi un moyen de lier les hommes entre eux : c’est au titre de l’échange des femmes, de donneur de femme et preneurs de femme, que l’alliance se fait entre les hommes. Le mariage est par conséquent cette alliance entre donneur et preneur. La famille s’institue autour de l’homme donneur de femme, sa sœur, le mari de sa sœur, et l’enfant provenant de cette union.

J.-A. Miller indique qu’« il n’y a pas de symptôme dans ces structures élémentaires, parce que chacun sait ce qu’il a à faire et (…) où chacun doit trouver sa chacune »[3].

C’est dans les structures complexes que le symptôme peut surgir. Les structures élémentaires de Lévi-Strauss sont une tentative d’inscrire le lien du mariage sous une formule du lien homme / femme. Mais nous savons que ce rapport ne s’inscrit pas aussi simplement pour le parlêtre car pas-tout de la pulsion n’est articulée à l’ordre symbolique.

Ce n’est pas parce qu’il est inscrit sur un registre administratif que celui-ci et celle-là sont mariés, que cela indique ce qu’il est fait de ce lien. Il y a toujours un reste où la pulsion se fraye un chemin, provoquant un symptôme. Untel a besoin d’une maîtresse pour désirer ou satisfaire sa pulsion sexuelle, tandis que sa femme reste la mère qui élève les enfants (la célèbre disjonction de l’amour et du désir chez l’homme). Celui-ci boit ou s’adonne aux jeux pour endiguer la culpabilité d’avoir fait des enfants à une femme qu’il n’aime pas. Celle-ci cherche à se maintenir jeune et jolie pour ne pas renoncer à la jouissance de son image dans le miroir, quand une autre est prise dans la jouissance singulière à ne jouir qu’en dehors de la chambre conjugale… Autant de manières singulières pour traiter ce reste qui ne se loge pas sous l’alliance du semblant du mariage.

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Le lieu et le lien », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 21 mars 2001, inédit.

[2] Lévi-Strauss Cl., Les structures élémentaires de la parenté, Paris, Mouton, 1967.

[3] Miller J.-A, « L’orientation lacanienne. Le lieu et le lien », op. cit., cours du 28 mars 2001.

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