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L’intérêt de l’enfant

L’intérêt de l’enfant

Un couple parental qui se sépare mal embarrasse beaucoup de monde. Lorsque les enfants sont à partager, la justice, depuis Salomon, fait son office en dernier recours. La sagesse un peu rude du grand roi n’est plus de mise aujourd’hui. La menace de couper l’enfant en deux reste une métaphore. La menace de Salomon est, elle, une formidable interprétation et a pour effet de dénouer immédiatement la crise. Ensuite Rousseau et la Révolution sont passés par là : une bonne justice vise maintenant l’intérêt général, compris comme dépassement des intérêts particuliers. La notion juridique d’intérêt de l’enfant prend là sa source.

Le parent qui avait fauté, selon la loi sur le divorce de 1884 ne pouvait pas avoir le droit de garde. C’est pour contrer l’application stricte de cette loi que fut d’abord utilisé l’intérêt de l’enfant. La loi de 1975 sur le divorce par consentement mutuel dissocie les torts dans le couple et les droits des parents sur les enfants. Dès lors, le juge se trouve sommé de motiver lorsqu’il statue sur la garde où est l’intérêt de l’enfant. Pour trouver un fondement plus sûr que le sens commun il fait appel aux experts. Un livre, sorti en 1973, Beyond the Best Interest of the Child [1], va relever le défi.

Ses trois auteurs, la psychanalyste Anna Freud, le juriste Joseph Goldstein et le psychiatre Albert J. Solnit se font forts de fonder le critère juridique de l’intérêt de l’enfant sur le savoir de la psychologie. Il va s’agir de se mettre à la place de l’enfant et, de là, dire ses besoins fondamentaux et définir un « parent psychologique » qui va répondre à ces besoins. L’enfant a un besoin fondamental de continuité, ce qui emporte deux conséquences ; la première : il ne saurait y avoir qu’un parent psychologique – « Le parent qui rend visite à son enfant (…) a peu de chances de devenir un objet véritablement aimé (…) puisque ce rôle pour être rempli exige une présence quotidienne et sans brèches » –, la deuxième : les décisions d’attribution du droit de garde doivent être définitives et sans appel.

L’étonnement se redouble lorsqu’il est question du divorce. Au milieu des années 70, il n’était pas envisagé que la famille se recompose. Le divorce vouait à la monoparentalité pure et dure. Le divorce détruisait la famille, c’est une pathologie dont il faut se préserver. Rappelons l’inamovibilité de l’Eglise à ce sujet. Au fond, on peut voir dans le livre d’Anna Freud et de ses collaborateurs une tentative désespérée d’atténuer les effets dévastateurs de la mort annoncée de la famille par le divorce.

De façon plus générale, on peut dire que la grande invention sociétale actuelle consiste à faire la différence entre le couple conjugal et le couple parental. Le concept de parentalité est né de cette différence.

[1] Cité par Irène Théry, Le démariage, justice et vie privée, Paris, Odile Jacob, 2001, p. 124.

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