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D’abord le duel … et plus si contrariétés !

D’abord le duel … et plus si contrariétés !

Là où le duo suppose l’accord, la complicité, voire la complémentarité, le duel réalise l’opposition, la contrariété, le désaccord. Une chose est sûre, dans les deux cas c’est une affaire de deux.

Le mariage est-il un accord du type duo ou plutôt un désaccord du genre duel ? Un peu des deux ? Un aller/retour du duo au duel et vice-versa ?

Le cinéma mexicain des années cinquante a su mettre en scène de façon aussi vivante que jubilatoire le malentendu entre les sexes au moment de la rencontre amoureuse. Des films tels que : Enamorada[1] (Amoureuse), Ahi viene Martin Corona[2] (Et voilà Martin Corona), Gitana tenías que ser [3] (Gitane avant tout) et bien d’autres, constituent une large filmographie où les fictions portées au grand écran ont marqué plusieurs générations de spectateurs en Amérique Latine et en Espagne.

Que nous apprennent-ils ? Qu’elle est la raison de leur succès ?

Dans un discours ambiant où la figure du héros masculin était affublée à l’envi de tous les insignes du « macho mexicain » : grand, beau, drôle et joueur, adroit avec le cheval comme avec le pistolet, sûr de lui, craignant Dieu et aimant sa patrie, seul un élément venait à le contrarier dans sa puissance : le refus de la femme aimée.

Côté héroïnes : les femmes de ces fictions – aussi belles que rebelles –, rompaient de façon fracassante l’impératif social de la soumission en tant que garantie de l’Autre pour obtenir un mari. Ces histoires inaugurent une série de personnages féminins dont le principe pourrait se résumer à une sorte de : le mariage, c’est non !

Attention ! Nous sommes au Mexique dans les années cinquante… Il fallait bien de l’audace pour montrer à quel point le caprice féminin ne recule pas devant l’ordre établi. De ce point de vue, ce cinéma-là était d’une grande liberté. D’où l’effet de Witz dans les salles combles où hommes et femmes riaient aux éclats pendant deux heures.

Encore aujourd’hui, le spectateur est rapidement pris par ces duels où l’homme macho et la belle rebelle se contrarient sans cesse : lui, n’en revient pas de se voir ainsi méprisé. Elle, ne supporte pas d’être juste « choisie » par cette espèce de cowboy métrosexuel. De refus en dérobades, elle met à l’épreuve le désir de l’homme et lui indique la voie à suivre : un peu moins macho et donc, un peu plus viril.

Ainsi, l’enjeu du duel n’est autre que la demande de la femme à l’égard de l’homme : si tu m’aimes offre-moi ta castration ! Le macho ultra puissant et séducteur… trop peu pour elle !

L’alchimie du duel amoureux opère, car en effet, le héros est sincèrement épris et ne laisse pas tomber cette femme au caractère bien trempé, objet qui cause son désir. Elle le cause d’autant plus qu’elle se refuse à lui. De son côté à elle, l’effet sera immédiat. À peine il se prend moins pour ce qu’il n’est pas, qu’elle fondra à son tour et pourra consentir à devenir sa femme.

Si le happy end les montre souvent devant l’autel en se disant « oui », c’est par la grâce du « non » que ces histoires d’amour se nouent et font rire et rêver.  D’abord le duel, et plus si contrariétés !

 

 

[1] Enamorada (1946), réalisé par Emilio El Indio Fernández avec María Félix et Emilio Fernández.

[2] Ahí viene Martín Corona (1952), réalisé par Miguel Zacarías avec Sara Montiel et Pedro Infante.

[3] Gitana tenías que ser (1953), réalisé par Rafael Baladón avec Carmen Sevilla et Pedro Infante.

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