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« 45 ans »

« 45 ans »

Dans ce film [1], servi d’une façon magnifique par Charlotte Rampling, nous voyons illustrer qu’il n’est pas bon de vouloir mettre le mariage à l’épreuve de la Vérité.

Qu’il n’y ait pas de rapport sexuel est une épreuve – chacun a pu en faire l’expérience – encore faut-il tenter d’y faire avec ce réel entre les hommes et les femmes ! Et il peut être précieux de savoir manier les semblants, au sens où l’entend la psychanalyse, et en connaître un petit quelque chose du rapport d’une femme à l’amour.

Le partenaire de Charlotte Rampling, Tom Courtenay, a reçu, comme elle, le prix d’interprétation du Cinéma européen.

Voilà un couple à la veille de fêter ses 45 ans de mariage. Ils ne sont plus jeunes ! L’homme a connu quelques accrocs somatiques sérieux. Cette femme est aimante, avec élégance. On saisit cependant une douleur, apaisée par le temps, qu’il n’y ait pas eu d’enfant de cette union.

Huit jours avant la fête annoncée, le réel tombe, comme un retour du refoulé enfoui sous la glace : l’homme apprend que sa bien-aimée de jeunesse, plus de 45 ans avant, est tombée dans une crevasse… et qu’elle vient d’être retrouvée.

Brutalité du souvenir qui lui saute au visage et reprend vigueur ! Il vacille, et raconte à son épouse. Elle écoute, attentive voire compréhensive… jusqu’au moment où elle réalise que ce qu’il lui avait dit à l’époque est loin de correspondre à l’amour vécu… ou raconté aujourd’hui. Alors elle questionne. C’est le jeu de la Vérité. L’homme, ballot, y tombe ! Voulait-il épouser cette jeune femme ? demande-t-elle, avant d’éteindre la lumière. Il esquive, bafouille. Elle maintient sa question ; elle n’éteindra pas sans la réponse.  Il finit – gros plan sur son visage – par répondre, rouge d’émotion : « oui ! ».

Cette fois c’est le visage de Charlotte Rampling qui est dans le champ de la caméra : dans la plus grande immobilité, elle se fracasse, se retourne et éteint la lampe.

Qu’aurait-il perdu à lui répondre dans le semblant ? Est-ce son amour de la Vérité-toute ?

A tenir tant à La femme de glace, c’est elle qu’il va perdre. Avec La Vérité, il a fait surgir La femme-toute. Elle cherchera alors, dévastée et trouvera que cette jeune femme était enceinte. Elle-même n’a pas eu d’enfant.

Dans les glaces, rendues transparentes avec les années, un amour gît, glacé, non endeuillé, emportant avec lui pour toujours une promesse d’enfant.

J’ai vu ce film sans savoir qui l’avait réalisé. En sortant, j’étais persuadée que seule une femme pouvait l’avoir fait. Eh bien non, c’est un homme : Andrew Haigh. Intéressant !

Il avait certainement un savoir – celui dont se réclame la psychanalyse – que La femme n’existe pas… même à moins 45° !

 

 

[1] Haigh A, « 45 ans », film anglais sorti en 2015.

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