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Mariage forcé et autres violences. Entretien avec Diariata N’Diaye

Mariage forcé et autres violences. Entretien avec Diariata N’Diaye

Diariata N’Diaye, dite Diata, femme décidée, a accepté de nous rencontrer* pour nous parler de la cause qu’elle défend, celle des filles et des femmes ayant affaire à des violences surgissant principalement dans les relations amoureuses.

 

Une difficulté à nommer la violence

C’est par son écriture, son travail d’artiste slameuse qu’elle rencontre un public et est amenée à entendre des témoignages de personnes ayant subi ou subissant des violences. Lorsqu’elle crée son spectacle de slam en lien avec l’observatoire des violences faites aux femmes, situé en Seine Saint-Denis, elle fait un constat : « Les gens ne savent pas de quoi ils parlent quand ils parlent de violence ». Cette violence trouve difficilement à se nommer précisément.

Elle propose à la suite de ses spectacles, des temps d’échanges où, contrairement à ce qu’elle pensait, « les personnes parlent ; j’avais toujours entendu dire que les victimes de violences ne parlaient pas ».

« L’amour, ça me parlait »

Ses chansons sont empreintes du vécu de son entourage mais surtout du sien : un vécu d’enfant d’exilés, ayant hérité d’une double culture qui donne lieu à un hiatus entre elle et ses parents, et une forte incompréhension surgit quand il s’est agi du mariage.

En fait, il n’y a que du point de vue des européens que le mariage est qualifié de forcé : « Là-bas en Afrique, c’est une alliance entre deux familles. L’objectif est de faire des enfants et de se protéger pour avancer dans la vie ; on ne se pose pas la question du j’aime ou je n’aime pas. L’amour ça peut venir on va s’habituer. Je ne dénigre pas du tout. »

Les coutumes sont faites ainsi, conservatrices sont les âmes [1].

Diata, cette « Française d’Afrique »[2] dira « non » à ce que les parents lui proposent : se marier avec un homme dans son pays d’origine, parce que « le concept de l’amour, à moi ça me parlait ! » Mais envoyé là-bas il lui faudra d’abord dire oui.

Ma solution ; le paraître que faire donc apparaître ? à part être ce qu’ils veulent que je sois ou du moins le paraître. Je me sens disparaître[3].

« Dans la chanson que j’ai écrite sur le mariage forcé, je suis vraiment dans la description, j’ai donné la parole au père, à la mère, à la fille et on ne peut pas avoir les mêmes points de vue parce qu’on n’a pas le même parcours, on n’a pas le même cheminement, et ce texte n’est pas du tout critique, il est descriptif. Pour moi, c’était important, parce que je me souviens avoir écrit cette chanson quand il a été question de criminaliser le mariage forcé. Pour moi c’était la fausse bonne idée de personnes qui pensent à faire des lois mais qui ne savent pas de quoi on parle. Aucune fille ou garçon victime de mariage forcé ne veut que ses parents aillent en prison car il les comprend. La plupart de nos parents ont été mariés de force, ils l’ont bien vécu, ils ne se rendent pas compte… Ils ne pensaient pas que l’environnement dans lequel on était, allait avoir une influence sur notre éducation. Ils se sont retrouvés avec des ovnis comme enfants. »

La parole pour d’autres

C’est aussi parce que les chiffres des violences ne baissent pas qu’il y a pour elle urgence à donner une éducation dans les écoles, partout où les jeunes se trouvent. Elle qui aurait aimé rencontrer des adultes extérieurs à sa famille avec qui parler de ces choses-là.

Femme franchement engagée, elle anime des ateliers d’écriture destinés aux jeunes de quinze à vingt-quatre ans pour s’atteler à définir des contours de la violence, en décrire les différentes formes qui pour elle ne se limitent pas à des violences physiques mais aussi verbales. « Il est important d’expliquer toutes les formes de violences, de donner les définitions pour que tout le monde sache ce que c’est, pour ne pas les subir mais aussi pour ne pas les faire subir parce que, je le dis souvent, quand on ne sait pas ce que sont les violences, on ne sait pas si l’on est victime mais on ne sait pas plus si l’on est l’auteur. […] Quand on leur demande la définition d’un viol, par exemple, ils ne savent pas ce que c’est, ils mélangent un peu tout. La première chose qu’il disent c’est qu’ils sont convaincus qu’il n’y a que les filles qui sont concernées par les viols cela sous-entend qu’il y a une méconnaissance des violences sexuelles faites aux garçons. »

Une application App-Elles et la création de l’association Résonantes [4] naîtront de cette expérience et d’une nécessité de proposer des réponses concrètes pour les personnes victimes de violences.

 

Quand on lui demandera quel a été son point de départ, Diata répondra : « C’est que quand j’ai commencé à écrire, à faire des chansons, à avoir un public, je me suis dit que j’avais un micro ; j’ai la parole autant que ça serve à d’autres. »

 

*Propos recueillis par Christine Dabin et Éric Zuliani

[1] Extrait de la chanson « Française d’Afrique », Album Mots pour maux, accessible sur le site internet : http://www.dialem.fr/

[2] Titre de la chanson sur le mariage forcé.

[3] Extrait de la chanson « Française d’Afrique », op. cit.

[4] Cf. site internet de l’association Résonantes : http://www.association.resonantes.fr/

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