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Une vengeance féminine sans limite

Une vengeance féminine sans limite

Madame de la Pommeraye, femme des Lumières [1] qui se targue d’en avoir fini avec l’amour, s’amuse de ce que ce le marquis des Arcis, consommateur d’aventures et de femmes, lui déclare sa flamme et la veut.

Et puis un jour, dans une mise en scène à la fois poétique et bucolique, il parle de solitude et de ce que la rencontre change : séduite par ces artifices, elle va céder.

Et la relation dure, complicité, amour, lectures, promenades, discussions… Manque le petit grain de folie. Le marquis se lance dans les affaires, il devient absent même quand il est là. La comtesse veut savoir, et dans une mise en scène s’habille de l’état de perte d’amour. Le marquis en est touché, le voilà soulagé de devoir faire peut-être souffrir cette compagne à qui il jure une fidèle amitié.

Las ! C’est sans compter sur l’effet que cette révélation aura sur la comtesse. Détruite dans son être de femme – « cela m’a tuée » –, elle qui se croyait l’exception va ourdir un plan qui, au nom de la dignité des femmes fera payer aux hommes qui les collectionnent sur leur tableau de chasse leur manque de considération. « Si aucune âme juste ne tente de corriger les hommes, comment espérer une meilleure société ? » Elle habille ainsi le no limit de sa vengeance.

Elle a compris qu’il désire là où on lui résiste, là où il y a de l’impossible elle construit comme une pièce de théâtre, distribuant les rôles : elle l’amie, ainsi qu’une jeune fille et sa mère, nobles, n’ayant eu d’autre choix que de se prostituer pour pouvoir vivre. La jeune fille, mademoiselle de Joncquières, sera la femme inaccessible…

Le marquis est pris au piège de cette mise en scène. « Il faut que je l’aie ». Les dés sont jetés. Il trouve dans cette jeune fille l’agalma : quelque chose dans son regard lui parle et le traverse. D’aimant il va devenir l’aimé, celui qui manque, qui peut se défaire de ses biens pour rejoindre son manque logé dans la jeune fille. Il se dépossède peu à peu de ses biens, et va réaliser jusqu’au bout le scénario diabolique de la comtesse, c’est-à-dire aller jusqu’à l’épouser.

La comtesse a mis en place la comédie du phallus. Femme avertie, elle bâtit un scénario digne de Contributions à la psychologie de la vie amoureuse [2]. Mais la scène est aussi piège à regard, comme nous le chuchote le réalisateur, dans ses plans à la Wateau, ou Fragonnard, en jouant sur les fondus au noir, les profondeurs de champ, les positions de caméra. Et l’on verra lorsque le rideau sera tombé, la contingence jouant une autre partition – celle du chapitre XXII du Séminaire III de Jacques Lacan [3] – le marquis trouvera dans la parole de mademoiselle de Joncquières un des noms de sa vérité.

Un après-coup établissant l’acte de mariage où il prit épouse.

 

[1] Le scénario de ce film est tiré d’un passage de Jacques Le Fataliste de Diderot.

[2] Freud S., Contributions à la psychologie de la vie amoureuse, Paris, PUF, 2011.

[3] Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les psychoses, (1955-1956), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 1992, p. 307.

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