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Dire non le jour de son mariage

Dire non le jour de son mariage

« “Pourquoi se marie-t-on ?” Et pourquoi, comme résultat, la langue dit-elle qu’on est marri ? C’est là tout ce qui anime Le Tiers Livre de Rabelais où Panurge est occupé par le problème de se marier ou pas, et qui a inspiré à Molière nombre de ses comédies. Évidemment, pour cela, il faut d’abord renoncer à jouir tout seul, à jouir tout seul de son propre corps. »[1] Ce propos de Jacques-Alain Miller nous indique que c’est sous le signe d’un gai savoir que ces 48e Journées s’annoncent.

Il arrive parfois que l’un des deux époux se retrouve marri au moment fatidique. De quoi s’agit-il quand c’est un Non qui s’énonce à la place du Oui attendu ? Y a-t-il une logique du oui et du non ? Ce drame inspire les réalisateurs de films pour en faire une comédie du non-mariage[2]. Songeons à cette scène mémorable dans Quatre mariages et un enterrement, quand à la question du prêtre : « En aimez-vous une autre ? », Charles (Hugh Grant) répond : « Oui »[3]. C’est la seule fois où l’on verra sur grand écran une mariée, folle de rage, asséner un coup de poing à l’élu, en entendant ce Oui, qui le met K.O. Ou encore, Just married… ou presque, mettant en scène Maggie (Julia Roberts), surnommée la mariée en cavale, qui a déjà fui trois fois à travers champs dans sa robe blanche et qui s’apprête à convoler pour une quatrième fois. Comment enfin, ne pas évoquer L’arnacœur, où un briseur de couples professionnel, Alex (Romain Duris), a fait entreprise avec l’idée de sauver des femmes malheureuses en amour en les piquant, grâce à une séduction bien rodée, aux hommes avec lesquels un tiers les pense mal assortis. Or Alex apprendra à ses dépens qu’en amour le plan parfait n’existe pas, quand il devra séduire une jeune femme, Juliette (Vanessa Paradis) qui va se marier avec un homme qu’elle aime plus que tout au monde.

Ce coup de théâtre n’arrive pas que dans les films. Cette problématique ouvre notamment vers la clinique du doute, de la dérobade, de la fuite et du refus. Engager sa parole par ce petit énoncé performatif touche au réel. Face à un choix, quand le doute l’emporte sur la certitude, il annule en lui-même le désir tout en maintenant sa place. Arrêtons-nous sur le doute : quand un homme doute, n’est-il pas trompé par ses pensées ? Comme l’indique J.-A. Miller, le sujet jouit seul de ses pensées : « On parle, dans le cas de l’homme aux rats, de la dame de ses pensées. C’est bien plutôt ses pensées sur la dame. C’est avec sa pensée, exactement, qu’il jouit. »[4] Le sujet qui dit non in extremis se laisse-t-il donc rattraper à son insu, quand il doute, par un partenaire insupportable dont il n’arrive pas à se séparer ?

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Les divins détails », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 1er mars 1989, inédit.

[2] J’emprunte cette expression à Gérard Wajcman (« Fenêtre sur couple », Lacan Quotidien, n° 543, 13 novembre 2015).

[3] Lire à propos du désir de Charles l’article de Dalila Arpin paru sur le Blog des J48 :

 https://www.gaimarionsnous.com/2018/09/11/acceptes-tu-de-ne-pas-te-marier-avec-moi/

[4] Miller, J.-A., « La théorie du partenaire », Quarto, n° 77, p.8.

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