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Du nouveau dans l’amour libre

Du nouveau dans l’amour libre

Polyamour, pourquoi un terme de plus pour désigner l’amour libre introduit par Fourier[1] au début du XIXe siècle? Vient-il nous indiquer un nouveau franchissement ?

Le polyamour qui défend la non exclusivité dans les relations amoureuses met l’accent sur le consentement des partenaires. Le rapport de couple est posé comme nécessairement insatisfaisant, une seule personne ne peut pas, à elle seule, combler les attentes de son conjoint, et les amours plurielles supposées suppléer à ce défaut, se proposent comme alternative au « zapping mono »[2].

Les polyamoureux ont plus de distance que les autres, par rapport aux normes sociales, notamment sur les questions de genre et de pratiques sexuelles. La contestation de l’ordre patriarcal a eu lieu et c’est maintenant le rapport à la jouissance qui occupe la scène. Jacques-Alain Miller l’annonçait dans « Une fantaisie»[3], le couple, le mariage, le savoir sont passés au rang de semblant et, si la promotion de la jouissance sous la forme de l’objet petit a invite le sujet hypermoderne à franchir ses inhibitions, dans le même temps, l’inexistence du rapport sexuel (que la monogamie faisait miroiter) est devenue évidente.

Bien que prenant ses distances avec les formes traditionnelles du couple, le polyamour se distingue de la simple non exclusivité des relations sexuelles et amoureuses, par la promotion d’obligations morales : honnêteté, transparence, bienveillance mutuelle font partie des termes du contrat qui se négocie entre les parties. Mais le désir et la pulsion ne se laissent pas volontiers cadrer même par les contrats, et ce rêve de transparence à soi-même et à l’autre trouve son envers dans la désignation des « polyfake », soit de ceux « qui trompent, mentent, cocufient, blessent et qui sont à ce titre bannis de la communauté des polyamoureux »[4].

Parmi les « obligations » requises, celle du consentement installe à l’horizon, sous le voile pudique de la recommandation de bienveillance, le « Un tout seul » responsable de sa jouissance et de son angoisse et à qui il reste à faire un travail sur sa jalousie.

Valorisé, dans certaines branches du féminisme, comme un moyen de lutte contre les rapports inégalitaires entre les hommes et les femmes, le polyamour rejoint alors la visée queer de déconstruction des normes de genre tout en faisant consister une identification et un lien social au nom d’une pratique sexuelle. Jean-Claude Milner[5], dès 1983, signalait en quoi sous couvert de critique de l’hétérosexualité comme norme dominante, la promotion de la diversité sexuelle, se faisait au détriment de la différence sexuelle.

Reconnaissons enfin à la communauté polyamoureuse de permettre une conversation continue sur les pratiques sexuelles et leurs impasses, témoignage s’il en était besoin que la sexualité fait trou dans le savoir et qu’il y a pour chacun à fabriquer un bricolage singulier avec la jouissance.

[1] Fourier C., Le nouveau monde amoureux, Paris, Stock, 1999.

[2] Tribune critique du blog « Les questions décomposent » sur les rapports et conflits entre polyamour et féminisme. web.polyamour.info.

[3] Miller J-A., « Une fantaisie », Mental, n°15, février 2005.

[4] Ibid.

[5] Cf. « Malentendus sur le genre », un entretien avec Fabian Fajnwaks, L’Hebdo-Blog, n° 63.

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