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Le mariage, une aventure

Le mariage, une aventure

« Du mariage considéré comme un des Beaux-Arts »

Madame et Monsieur Joyaux sont plus connus du public par leur nom d’auteur.

Elle, psychanalyste, sous son nom de jeune fille Julia Kristeva, lui, sous son pseudonyme d’écrivain Philippe Sollers. Ils se sont rencontrés à Paris en 1966, se sont mariés en 1967, et sont toujours mariés à ce jour.

En 2015, ils publient Du mariage considéré comme un des Beaux-Arts[1], un recueil de quatre dialogues enregistrés entre 1990 et 2014, dans lequel ils exposent tour à tour leur vision de la rencontre amoureuse et du couple, lui toujours enfant-adolescent, elle toujours Bulgare.

 

Étrangers à eux-mêmes, étrangers l’un à l’autre

Sollers peut dire : « Je n’ai jamais songé à me marier. Sauf une fois. Et une fois pour toutes »,

Kristeva dit : « Nous sommes un couple formé de deux étrangers. Notre différence nationale souligne encore mieux une évidence qu’on se dissimule souvent : l’homme et la femme sont des étrangers l’un à l’autre ».

La durée du couple dans le temps « implique le tact nécessaire à reconnaître et à laisser se déployer l’étrangeté de l’autre et de soi ».

 

Le mariage comme lieu où l’on doit être

Kristeva parle « d’exploration de deux chemins qui s’accordent, divergent et se complètent en dessinant l’espace, le lieu précis et précieux qu’est leur mariage. Accepté, construit, déconstruit, reconstruit sans cesse depuis que le moment où le “vivre avec” leur est paru inévitable ».

Pour elle, « Le mariage de deux singularités s’appuie moins sur la loi dont il procède, […] que sur la conviction que « c’est le lieu où l’on doit être ».

« Pour faire de notre discordance accordée bien plus qu’une protection : un lieu-source qui fait durer, séparés ensemble, deux êtres qui ne sont pas dupes de la guerre et paix des sexes ».

 

Fidélité/infidélité

Sollers, partisan du secret, est contre toute idéologie de transparence dans le couple.

Dans le roman Femmes[2], il raconte ses aventures érotiques, et dans Un vrai Roman. Mémoires[3], il se nomme « le libertin impénitent qui aime sa femme ».

Pour lui, la fidélité est une sorte d’enfance partagée, une forme d’innocence. « Voilà, au fond, on est des enfants. Si on cesse de l’être, on est infidèle. Le reste – les rencontres, les passions – à mes yeux n’a pas beaucoup d’importance. La véritable infidélité est « avant tout une trahison intellectuelle ».

« On peut avoir des comptes à rendre dans l’existence sociale, matérielle, intellectuelle, affective – mais sexuellement, jamais ».

 

Le mariage comme art amoureux

Pour Sollers : « L’un et l’autre, à égalité, conservent leur personnalité créatrice, en se stimulant sans cesse ». Julia est la femme la plus intelligente qu’il ait rencontré. Il pense qu’il est son meilleur patient.

Elle dit : « Si ce mariage perdure, absolu et vivant, c’est qu’il n’a jamais suivi d’autres lois que la sienne : un ajustement permanent, amoureux et lucide, nourri de deux libertés réciproques et incomparables ».

Le couple Sollers-Kristeva :  ils ont leur façon à eux d’écrire le « non-rapport comme accroc dans le concept du lien »[4].

Voilà encore un pas de deux qui nous amuse !

 

[1] Kristeva J., Sollers Ph., Du mariage considéré comme un des beaux-arts, Paris, Fayard, 2015.

[2] Sollers Ph., Femmes, Paris, Gallimard, 1983.

[3] Sollers Ph., Un vrai roman. Mémoires, Paris, Plon, 2007, p.102.

[4] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Le lieu et le lien », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’Université Paris VIII, cours du 15 novembre 2000, inédit.

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