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Petites remarques à propos du partenaire sexuel

Petites remarques à propos du partenaire sexuel

Lacan estime qu’il est courant que le partenaire sexuel soit un symptôme [1]. Mais ce partenaire sexuel est-il celui que l’on connaît le mieux ? Et qu’est-ce qu’un homme peut connaître d’une femme ? Par exemple, dans les Évangiles, il est écrit que Joseph n’a point connu Marie quand celle-ci enfanta d’un fils premier-né. Ici, connaître signifie avoir un commerce charnel avec une femme.

Lacan avance qu’une telle connaissance charnelle ne va pas loin. En effet, malgré le fait qu’il n’existe pas de rapport instinctuel entre les femmes et les hommes, les hommes se prennent à rêver qu’il existe tout de même une généralisation. Il serait possible pour tout homme de satisfaire sexuellement toute femme. Pour cette raison, un homme s’embrouille lorsqu’il aborde une femme en particulier, l’industrie pornographique utilisant avec profit le fantasme phallocentrique. En vérité, la connaissance qu’un homme peut avoir d’une femme s’avère dépendante de sa jouissance à lui ; elle est soumise aux conditions de sa propre castration. Son embrouille provient par conséquent du rêve éveillé qu’il existe quelque homme capable de répondre au semblant de la jouissance sexuelle [2].

Une autre connaissance est envisageable, laquelle consiste à savoir se débrouiller d’une femme comme d’un symptôme en s’inspirant du savoir faire avec sa propre image. En ce cas, connaître signifie autre chose : c’est savoir se débrouiller avec. Cette définition de la connaissance retrouve celle que Lacan a proposé dès le début de son enseignement : il s’agit d’un certain rapport à la structure de l’ego, c’est-à-dire à la bonne forme qui dérive de l’image spéculaire.

Si connaître une femme en couchant avec elle ne va pas loin, une femme peut-elle connaître le désir d’un homme au-delà des séductions suscitées par l’image ? Lacan le suggère à différentes reprises en évoquant la façon dont les femmes analystes savent s’orienter par rapport au désir masculin. Dans sa « Conférence à Genève sur le symptôme » de 1975, publiée récemment dans la revue La Cause du désir, il mentionne non sans humour que les femmes savent que l’homme est un drôle d’oiseau. Elles seraient de meilleures analystes car elles s’avancent « avec le sentiment tout à fait direct de ce qu’est le bébé dans l’homme » [3].

De quoi Lacan parle-t-il exactement ? Il convient de reprendre brièvement la démonstration de ce point dont l’une des articulations majeures se trouve dans le Séminaire L’angoisse. Lacan y déploie ce qu’il désigne comme les facilités de la position féminine. Dans la position masculine, la médiation obligée de la castration et la négativation du phallus conduisent à localiser l’objet supposé du manque chez le partenaire sexuel. Il faut trouver la castration chez l’Autre pour y loger l’objet a. C’est la quête propre de l’homme : la condition du désir, c’est la castration.

C’est ceci qui n’est pas transposable à la position féminine car ce qui manque, c’est ce qu’il faut avoir. Ce n’est pas tant la castration de l’Autre qui est recherchée, que la permanence du phallus. La femme croit que le phallus, c’est a. Il s’agit par conséquent d’une autre croyance, la croyance féminine, laquelle met l’accent sur une demande sans fin – autre manière de situer le Penisneid freudien. Le désir s’en trouve simplifié du côté féminin dans la mesure où c’est le désir de l’Autre comme tel qui intéresse. Une femme s’affronte plus directement au désir de l’Autre et c’est aussi le surgissement de ce désir de l’Autre qui, sans la médiation phallique, suscite l’angoisse.

Certes, les facilités de la position féminine ne règlent rien au niveau de la jouissance. C’est un petit avantage parfois, dans certaines situations.

 

 

 

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIV, « L’insu que sait de l’une bévue s’aile à mourre », leçon du 16 janvier 1976, inédit.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 2006, p. 147.

[3] Lacan J., « Conférence à Genève sur le symptôme », La Cause du désir, Paris, Navarin, n° 95, avril 2017, p. 18.

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