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Cadeaux de noces

Cadeaux de noces

Les préparatifs des J48 vont s’achever bientôt pour laisser place au grand événement psychanalytique du week-end prochain. Il y a de la gaîté dans l’air : les téléphones vibrent, les mails s’échangent, les réseaux sociaux s’agitent au fur et à mesure des annonces relatives aux invités de la plénière du dimanche.

Nous remercions chaleureusement tous les auteurs et lecteurs de S’aile à mourre, sans oublier l’équipe joyeuse et résolue de sa responsable, notre amie et collègue Alice Delarue.

Filant la métaphore des noces, voici deux petits bijoux littéraires pour vous accompagner dans cette dernière ligne droite.

À samedi prochain au Palais des merveilles,

Laura&Éric

 

Cadeau de Laura

William Shakespeare, Jules César, II, 1 § (trad. F.-V. Hugo)

— PORTIA : Dans le pacte de notre mariage, dites-moi, Brutus, y a-t-il cette restriction que je ne dois pas connaître les secrets qui vous touchent ? Ne suis-je un autre vous-même que sous certaines réserves, dans une certaine mesure, pour vous tenir compagnie à table, réchauffer votre lit, et causer parfois avec vous ? N’occupé-je que les faubourgs de votre bon plaisir ?
Si c’est là tout, Portia est la concubine de Brutus, et non son épouse.

— BRUTUS : Vous êtes ma vraie et honorable épouse ; vous m’êtes aussi chère que les gouttes vermeilles qui affluent à mon triste cœur.

— PORTIA : Si cela était vrai, je connaîtrais ce secret. Je l’accorde, je suis une femme, mais une femme que le seigneur Brutus a prise pour épouse. Je l’accorde, je suis une femme, mais une femme de bonne renommée, la fille de Caton ! Croyez-vous que je ne suis pas plus forte que mon sexe, étant ainsi née et ainsi mariée ? Dites-moi vos pensées ; je ne les révélerai pas.
J’ai fait une forte épreuve de ma fermeté, en me blessant volontairement ici, à la cuisse.
Je puis porter cette douleur avec patience, et pourquoi pas les secrets de mon mari ?

 

Cadeau d’Éric 

Georges Courteline, La peur des coups

Monsieur, furieux, envoie l’objet à la volée à l’autre extrémité de la pièce.
ELLE. — Tu commences par la fin ? Tant mieux ! Ça modifiera un peu la monotonie du programme.
LUI — Ah ! assez ! Ne m’exaspère pas ! T’es-tu assez compromise !
ELLE — Sale bête, vous allez voir.
LUI — Sale bête !
ELLE, à part. — Ça y est.
LUI. — Tu t’es conduite…
ELLE. — Comme une fille.
LUI. — Parfaitement. Ose un peu dire que ce n’est pas vrai ? Ose-le donc un peu, pour voir ?… Il n’y a pas de danger, parbleu ! Tu t’es couverte d’opprobre.
ELLE. — Oui.
LUI. — Tu as traîné dans le ridicule le nom honorable que je porte !
ELLE. — Oui, je te dis !
LUI. — Et avec un soldat, encore. Car à cette heure tu donnes dans le pantalon rouge. Ah ! c’est du joli ! c’est du propre ! À quand le tour de la livrée ?
ELLE — Toi, tu as une certaine chance que je t’aie épousé.

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