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Poésie et musique, le mariage fou pendant la guerre ! Entretien avec Hugues Reiner

Poésie et musique, le mariage fou pendant la guerre ! Entretien avec Hugues Reiner

Delia Steinmann : Hugues Reiner, vous êtes musicien, directeur de chœur et d’orchestre, fondateur de la chorale Résiliences. Vous avez reçu récemment la distinction de Chevalier des Arts et des Lettres pour votre action en faveur des actions humanitaires. Votre travail mariant musique et poésie est au centre de votre production actuelle. Pourriez-vous nous dire comment ce mariage s’articule dans votre parcours ?

Hugues Reiner : Je suis le fruit de parents écrivains qui s’aimaient en écoutant de la musique classique. Je suis donc une note pour eux, qui sonne l’amour des autres et cela rayonne en musique, car ce langage ne s’appuie réellement sur aucune connaissance si ce n’est celle du cœur. La poésie c’est la musique des mots dans le sens où sa compréhension mystérieuse n’irrigue que l’âme. Comprendre une poésie c’est déjà la perdre. La ressentir sans la rationaliser… c’est accepter de rester dans le désir inassouvi.

D. S. : Alors désir et musique sont liés…

H. R. : Oui, le désir, ou plutôt les désirs. Il me semble que la musique éveille les désirs que nous n’osons pas connaître… Par exemple, le courage d’assumer une certaine grandeur non contrôlable, pour l’instant, par l’idéologie consumériste : la gratuité des sentiments, de certaines actions…

D. S. : Cela me fait penser à la création du chœur Résiliences, où vous avez réuni et fait chanter, à côté de vos choristes ordinaires, des personnes en situation de handicap.

H. R. : Ce que je vois c’est qu’ils ne sont pas en marge mais intégrés dans le système marchant : il faut qu’il n’y ait pas de vague, pas de perturbation, pas d’idées réellement émancipatrices. Mais le handicap le plus dur c’est l’insertion dans une société malade… Ainsi, il vaut mieux ne pas être inséré et trouver sa voix poétique.

D. S. : En même temps, votre action laisse entendre que vous ne refusez pas d’intervenir, justement, là où le malaise dans la civilisation est particulièrement visible, parfois extrême, comme par exemple à Sarajevo, en pleine guerre…

H. R. : Ne pas s’insérer dans une société malade ce n’est pas refuser d’y intervenir, bien au contraire, d’où Sarajevo ! Poésie-musique, le mariage fou et dangereux pendant la guerre ! Avec ma maîtresse, la géopolitique (ou la conscience du lien entre le lieu et les hommes) et un amant, le combat…

D. S. : Comment avez-vous fait pour réunir des musiciens serbes, croates et bosniaques ?

H. R. : Je dirige des symphonies de Beethoven, alors je souhaite y découvrir le dynamisme et le rôle de l’expression. Pour ce compositeur ce n’est pas une symphonie distraction mais l’expression intime, un véritable appel à l’action humaniste. À Sarajevo ce fut cela : rassembler, jour après jour, les musiciens éparpillés par dix-huit mois de guerre, répéter et produire le miracle. Jouer…bien… la symphonie Eroica de Beethoven.

D. S. : Et la méthode dans tout cela ?

H. R. : Je réfléchis…rêve… et agis. Aujourd’hui je prépare des noces joyeuses qui auront lieu très prochainement dans la salle Gaveau : la rencontre de cent poètes et de leurs œuvres autour d’un récital de poèmes chantés. Les convives viennent de plusieurs univers : la santé, la justice, la poésie, la musique… Ce sera disons… insensé, mais je n’aime pas les mariages de… raison.

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