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De l’utilité du mariage

De l’utilité du mariage

Les aveux de la chair [1], quatrième tome de L’histoire de la sexualité de Michel Foucault, publié en 2018, celui-ci n’a pu en terminer les corrections en raison de son décès.

Chapitre 3, « Être marié » : Quid du mariage ? Michel Foucault questionne deux théologiens, Saint Jean Chrysostome (340 ou 344-407) et Saint Augustin (354-430).

À cette époque, l’église chrétienne régissait nombre de fonctions sociales. Le lien social que constituaient mariage, familles, et sexualité prenait une importance politique autant que religieuse, dans le but d’une universalisation.

Le mariage au Ve siècle sera déplié autours de trois coordonnées principales : la virginité, la chute et la sexualité.

La virginité, état privilégié de relation avec Dieu était considérée comme un art de vivre, une indépendance, un accès direct au salut. Néanmoins il fallait prendre en compte la sexualité, ses transports érotiques, la jouissance en jeu dans les relations entre hommes et femmes. Comment établir une morale sociétale sachant que l’homme est vulnérable quant à ses pulsions sexuelles ? La virginité est-elle préférable au mariage ? À propos de cette question les positions de et de St Augustin différaient. Le premier cherchait à égaliser mariage et virginité, le second privilégiait la virginité.

Une cause présidait à ces élaborations : « la chute ». La chute représente le péché originel, la sortie du paradis et ses conséquences : la mortalité, et la concupiscence.

Si la différence des corps sexués était reconnue par Dieu, la chute provoqua une précipitation du regard sur le sexuel. St Augustin en écrira une théorie de la libido ou la question de la violence du désir non maitrisée est évoquée sous différentes formes.

Il s’agira donc pour ces deux auteurs d’établir des règles de vie entre conjoints afin de régenter la concupiscence. Ainsi, le mariage fait fonction de loi spirituelle et institutionnelle.

Ces pères de l’église accordaient une importance primordiale à la faiblesse humaine quant aux désirs sexuels. Le mariage qu’il soit pris sous l’angle moral, religieux ou civique, laissait ouvert l’irrépressible de la sexualité en la contrôlant.

Cette limite que le mariage représentait au Ve siècle fait écho aux écarts à la règle de chasteté prônée par l’église catholique, se manifestant actuellement par la mise à ciel ouvert des exactions diverses des prêtres. Les théologiens de l’époque avertis et soucieux de la « continence » cherchaient des solutions, dont celle du mariage. Il s’agissait de régler, ordonner, ne pas ignorer les aléas de la vie sexuelle, pour les inclure dans la vie quotidienne des citoyens. « L’attirance entre un homme et une femme est une force tapie dans notre nature »[2]. Il ne s’agissait pas de nier cette force ni de vouloir la réduire, mais d’en tenir compte.

Étonnamment, la procréation restait dissociée du mariage, plutôt évoquée comme image de l’immortalité perdue. Les relations sexuelles entre époux obligatoires devaient apaiser les « feux du désir et éviter la fornication »[3]. Il y a là une éthique sexuelle.

St Augustin fait apparaître un élément fondamental : « le sujet de désir »[4]. Il voulait sauver le rapport sexuel des « stigmates de l’existence déchue »[5]. L’altérité de la femme reconnue comme nécessaire à la beauté et à la fécondité, la différence des sexes voulue par Dieu, instituaient le mariage en tant que bien-fondé sur l’amitié et soumis à la fides[6] concept permettant de moduler les fautes selon les circonstances[7].

Le mariage devint un élément de base de la société, une conjonction d’amitié et de parenté, un pacte à la fois juridique et religieux, auquel il ajoute le rapport entre l’âme et le corps.

Cette juridiction des actes sexuels et les fondements de l’homme de désir marqueront la morale de l’Occident Chrétien.

[1] Foucault M., Les aveux de la chair, Histoire de la sexualité – IV, Paris, Gallimard, 2018.

[2] Saint Jean Chrysostome, XXe Homélie sur l’Épitre aux Éphésiens.

[3] Foucault M., Les aveux de la chair, op. cit., p. 268.

[4] Ibid., p. 288.

[5] Ibid., p. 296.

[6] Saint Augustin, De bono Conjugali et La cité de Dieu.

[7] Foucault M., Les aveux de la chair, op. cit., p. 313.

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