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Un mariage au temps des non-dupes

Un mariage au temps des non-dupes

Le mariage fût longtemps l’affaire des familles, un contrat permettant aux époux de s’établir dans la vie et de faire prospérer leur patrimoine. S’il leur autorisait par la même occasion une vie sexuelle, celle-ci n’était pas nécessairement promesse de plaisir et d’amour. Pour ces choses, on prenait amant ou maitresse…

Avec le XXe siècle et l’avancée des droits des femmes, le mariage est devenu engagement amoureux. Dès lors il s’agit pour un homme d’obtenir de la femme qu’il souhaite épouser son consentement.

Sous cette même impulsion est apparu le PACS, qui apporte une forme légal au concubinage et donne certains droits aux couples hors du mariage, y compris aux couples homosexuels.

Enfin plus récemment le mariage homosexuel a été reconnu civilement. Dans certains pays, ce ne fût pas sans déchainer l’ire des réactionnaires.

Selon la jurisprudence prévalant aux États Unis sur cette question le mariage concerne le « droit fondamental d’une personne au sein d’une société libre de choisir la nature de ses relations et le style de vie qu’elle désire mener, dans la mesure où elle ne nuit pas à d’autres de façon déraisonnable en exerçant ses choix »[1].

Alors le mariage comme style de vie ? Choix d’un mode de jouir ?

Il faut bien dire que le mariage, suivant le cours du monde, continue inexorablement à se libéraliser. Aujourd’hui on célèbre des mariages à trois au Brésil ou en Colombie[2] tandis qu’en Chine ou au Japon s’annoncent les mariages avec des robots, voire des personnages virtuels[3]

Et pendant ce temps, avec Me too – donc toujours en lien avec les droits des femmes –, on voit arriver un contrat portant sur l’acte sexuel lui-même : la question du consentement des femmes gagne le domaine de l’intime.

Ce que révèle l’emballement suscité par Me too et avec lui la demande de contrat portant sur le consentement des partenaires en matière de sexualité, c’est que de rapport entre les sexes justement il n’y a point… (Lacan) D’où la question délicate du consentement qui pourrait se formuler : « consens-tu à ce que de ton corps je jouisse comme de mon objet, indépendamment de ton être ? Et dans quelles limites ? »

On a donc d’un côté un assouplissement et une libéralisation de la législation sur le mariage qui découle de la modification même de sa nature. Le mariage n’est plus l’institution symbolique qui venait organiser le rapport entre les sexes, soit voilait l’absence de rapport, au contraire il inclue aujourd’hui le mode de jouir des partenaires, donc leur symptôme.

De l’autre la vie sexuelle qui était autrefois taboue, voire réprouvée – jusqu’au XIXe siècle il était de bon ton pour les femmes de se refuser comme objet, le fameux non de l’hystérique –, est aujourd’hui montée sur la scène en même temps que le regard est devenu l’objet prédominant. Et inévitablement elle apparaît de plus en plus ouvertement coupée de la question de la rencontre entre les sexes.

Alors finalement le mariage existe-t-il encore ? Est-il une affaire d’être ou une affaire de corps ? Ou serait-il devenu une simple fantaisie ?

Les nouveaux sauvages de Damian Szifron, nous en donne une version férocement contemporaine. Le film est constitué de six fables dont la dernière a pour thème la nuit de noce : deux époux vont traverser durant cette première nuit de mariage toutes les épreuves que l’on imagine survenir dans le divorce avant de retrouver, au terme d’un effroyable désastre et devant leurs invités médusés, les feux du désir. Si le mariage reste un pari, il porte moins sur l’amour que sur une certaine forme de partenariat, un partenariat qui inclue la part d’obscure jouissance de chacun, un contrat sans le voile porté sur la jouissance de l’Un. Or ce contrat n’ayant plus vocation à endiguer l’illimité qui marque pour Lacan la jouissance féminine, puisqu’il cherche au contraire à la prendre en compte, à lui donner même si possible un cadre où se déployer, c’est bien plus réellement que résonne la fameuse formule : « pour le meilleur et pour le pire » !

[1] Cf. http://www.slate.fr/story/106143/humains-droit-epouser-robots

[2] Cf. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/apres-le-mariage-gay-le-mariage-a-trois_1159551.html et https://www.courrierinternational.com/article/colombie-le-mariage-trois-officiellement-reconnu

[3] Cf. https://sciencepost.fr/2017/07/japon-se-marie-personnage-realite-virtuelle/

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